Pourquoi je voterai contre le rapport Estrela

Ces dernières semaines, les courriels pleuvent dans nos boîtes de réception au Parlement Européen. Derrière chaque courriel, un citoyen inquiet et parfois en colère qui doit être entendu. En cause, un texte à l’étude au Parlement européen et qui sera soumis au vote de l’ensemble des Députés européens : un rapport dit sur la « santé et les droits sexuels et génésiques ».

 

Bien que n’ayant aucune valeur juridique contraignante, ce texte n’en est pas moins inacceptable dans sa symbolique et dans les idées qu’il véhicule. Les Français qui m’interpellent ne s’y trompent pas.

 

Dans sa version originelle, le rapport contenait des ambiguïtés sur la théorie du genre, sur l’objection de conscience. Il faisait des injonctions aux États sur la manière dont ils devaient organiser l’éducation sexuelle à l’école ou encore sur l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux femmes lesbiennes. Noyées dans ces préconisations inappropriées, l’affirmation enfin saine du refus de tout recours à la gestation pour autrui, et quelques considérations intéressantes en ce qui concerne l’aide au développement.

 

Malgré ces trop rares points positifs, très tôt, j’ai manifesté mon opposition totale à ce texte. Nous avons été plusieurs à nous mobiliser pour le faire échouer. Dit simplement, nous considérons que le Parlement européen se mêle ici de ce qui ne le regarde pas !

 

La gauche a profondément divisé les Français à l’occasion des débats entourant la loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe.

 

L’exemple de la France, à lui seul, est suffisant pour nous faire comprendre que si débat il doit y avoir, il doit être mené dans les États, sans renier la culture, les valeurs et les racines de chaque pays.

 

C’est pourquoi, en octobre dernier, alors que le texte était soumis au vote de l’ensemble des Députés européens à Strasbourg, nous avons réussi à obtenir son report en commission parlementaire. Cette procédure est assez rare et montre à quel point de nombreux Députés ont été et sont encore aujourd’hui mal à l’aise avec ce texte.

 

Il y a 10 jours, les membres de la commission chargée des droits des femmes se sont donc de nouveau prononcés sur ce texte. Il a hélas été décidé, à cette occasion, de ne pas ouvrir la possibilité aux Députés de déposer de nouveaux amendements. C’est un déni de démocratie que j’ai vivement regretté.

 

Par le truchement de ce que l’on appelle des votes par division, certains points particulièrement problématiques ont pu être évacués. Mais le texte est encore loin d’être satisfaisant. C’est pourquoi, je m’oppose de manière convaincue au vote du texte dans son ensemble. Les ambiguïtés que je citais précédemment n’ont pas été levées. Elles continuent de m’inquiéter et d’inquiéter les citoyens que nous représentons en tant que Député.

 

L’exemple de ce rapport marquera les esprits, alors que nous ne sommes plus qu’à quelques mois des élections européennes. Je le regrette.

 

Le Parlement européen manque ici une bonne occasion de montrer que l’Europe n’a pas à s’occuper de tous les sujets et qu’il est attaché au respect de la souveraineté des États européens. Sauf si une majorité de parlementaires, dont je ferai partie, vote contre ce texte. C’est le message que je continuerai de porter cette semaine à Strasbourg.