Rachida Dati

Député européen pour l'Île-de-France et des français de l'étranger

Tribune

Revue de presse

Aujourd'hui s'ouvre le Sommet Union africaine - Union européenne à Abidjan. J'en parle dans Jeune Afrique, sur les défis à relever, la situation en Libye, la lutte contre le terrorisme et les enjeux de la relation euro-africaine:

La députée européenne de droite, d’origine marocaine, a le regard tourné vers l’Afrique. Elle explique ici sa vision, entre sécurité, migration et jeunesse.

Rachida Dati, élue européenne de droite, française d’origine marocaine, a beaucoup voyagé ces dernières semaines. Fin octobre, elle s’est rendue à Rabat puis à Abidjan. Elle y a rencontré le ministre des Affaires étrangères marocain, Nasser Bourita, et le président ivoirien, Alassane Ouattara. Avec eux, elle a partagé son point de vue, en faveur d’un sommet d’Abidjan tenu sous le format Union européenne – Afrique et non Union européenne – Union africaine, comme ce sera finalement le cas. La différence était de taille : le deuxième format permet la participation de la République arabe sahraouie démocratique (RASD). En coulisses, Dati a même essayé de convaincre les plus hautes autorités européennes.

Mais Dati est aussi satisfaite. « La stratégie UE-Afrique : un coup d’accélérateur au développement », document pensé pour guider l’action européenne vis-à-vis de l’Afrique, sur lequel elle a planché, a été adopté par le Parlement européen ce 16 novembre. Ses propositions ont été écoutées.

La Libye a besoin du plus grand nombre pour se reconstruire

Jeune Afrique : Vous avez proposé que soient identifiés des pays « moteurs » pour le développement dans l’avis sur les relations entre l’Afrique et l’Europe. Qu’entendez-vous par là ?

Rachida Dati : Le fait est que certains pays sont à la pointe du développement. Je pense par exemple à la Côte d’Ivoire et au Maroc. L’Europe a le devoir d’accompagner ces pays, qui à leur tour, soutiennent un développement endogène sur le continent. Cette idée a d’ailleurs été retenue dans la version finale de l’avis.

Partagez-vous ce point de vue répandu en Afrique selon laquelle Paris fait cavalier seul dans la résolution du conflit libyen ?

L’Union africaine a son mot à dire, l’Union européenne peut agir, la France à un rôle stratégique à jouer ! Tout le monde doit contribuer ensemble au redressement de la Libye qui aura pour conséquence de pacifier la région. La Libye a besoin du plus grand nombre pour se reconstruire.

Vous parlez beaucoup de lutte contre le terrorisme et de migration. Le combat contre le terrorisme ne participe-t-il pas à façonner une « Europe forteresse » ?

Plus la politique d’accueil est affinée, plus on empêche les amalgames et on favorise des flux bénéfiques pour tous. Un amendement a été adopté dans l’avis « La stratégie UE-Afrique : un coup d’accélérateur au développement ». Il s’agit de mettre en place une stratégie pour la mobilité qui puisse contribuer au développement des deux continents.

Sur le terrain, ce sont des besoins qui sont exprimés : à Abidjan, l’ambassadeur français a proposé de mettre à jour avec le gouvernement ivoirien des listes de personnes exemptés de visa, pour faciliter le déplacement de personnes qui accélèrent le développement.

La thématique sécuritaire doit-t-elle être au centre du sommet d’Abidjan ?

La jeunesse est une thématique à l’ordre du jour du sommet. Mais parler de la sécurité est un devoir au vu du contexte : il y a une urgence sécuritaire en Afrique. Par ailleurs, certaines questions sont indissociables. On ne peut pas parler de la jeunesse africaine sans parler de la crise migratoire. Regardez l’âge moyen des migrants : ils sont souvent très jeunes.

Faut-il, comme le demande le Niger, que la question de la traite en Libye soit abordée au sommet d’Abidjan ?

Les problématiques abordées à ce sommet sont nombreuses et toutes liées : la jeunesse et l’éducation, la sécurité et la lutte contre le terrorisme, les changements climatiques et la lutte contre la déforestation, le renforcement de nos partenariats économiques… La traite des êtres humains en Libye, cette barbarie, est aussi une conséquence d’enjeux majeurs non traités. Comme la famine dans la corne de l’Afrique, ou ce qu’il se passe en Centrafrique.

En outre, une réunion urgente du Conseil de sécurité comme demandé par la France, ou du côté de l’UA doit avoir lieu. Moussa Faki, le président de la Commission de l’UA, souhaite que la Commission africaine chargée des droits de l’Homme et des peuples procède à une enquête sur la maltraitance et le trafic visant les migrants dans ce pays.

Mais c’est plus qu’une enquête qu’il faudra pour résoudre ce qu’il se passe en Libye. Ce n’est pas seulement du ressort de la justice mais aussi d’une volonté politique. Car s’il y a sanction, qui sanctionner ? Il n’y a pas d’autorité légitime en Libye et l’impunité des passeurs et trafiquants reste totale.

Enfin, l’UE doit être cohérente face au partenariat que nous avons avec la Libye pour lutter contre l’immigration illégale. Nous traitons aujourd’hui avec la Libye comme si elle était un pays sûr, alors que l’État n’existe pas !

Au Parlement européen, vous êtes membre d’une délégation pour l’Union pour la Méditerranée (UPM). Aujourd’hui cette union semble au point mort. Le projet a-t-il échoué ? Comprenez-vous que des pays comme le Maroc préfèrent se tourner vers des groupements régionaux africains ?

L’UPM a été fondée sur le constat que les pays du pourtour méditerranéen devaient être des partenaires et pas seulement des voisins. Cette idée s’est rapidement concrétisée en 2008 par une volonté politique tenace et un leadership incontestable lors du lancement à Paris de l’Union pour la Méditerranée.

Malheureusement les événements survenus à Gaza en 2008 ont fragilisé ce projet qui s’est effondré avec le « printemps arabe ». Souvenons-nous des projets ambitieux lancés dans le cadre de cette union, de la dépollution de la Méditerranée à la création d’une université euro-méditerranéenne… Ces projets sont toujours d’actualité !

Toutefois, certains pays comme le Maroc, qui ont poursuivi et mis en œuvre ces engagements, face à une Europe qui se délite et une UPM qui s’est effondrée, se sont fortement investis en Afrique. Mais je crois que c’est sans pour autant se détourner de l’Europe.

Quelles sont vos relations avec les officiels marocains ? Vous citez souvent ce modèle en exemple. Pourquoi ?

Le Maroc est un modèle et un exemple en termes de lutte contre la radicalisation, notamment par la création d’antennes à l’étranger pour recueillir des renseignements sur les individus radicalisés.

Le Maroc est aussi un leader en matière d’innovation technologique et dans la lutte contre les changements climatiques comme l’illustre l’attribution de 100 millions de dollars de dons du Fonds Vert des Nations unies, le rendant ainsi le premier bénéficiaire en Afrique et comme en atteste le succès mondial de la COP 22.

Les faits, les chiffres, les résultats parlent d’eux-mêmes. Alors oui je soutiens activement le Maroc. Mon attachement est indéfectible. Ce n’est pas un pays, ni un partenaire ordinaire en Afrique. C’est un hub d’entrée vers l’Afrique, qui joue un nouveau rôle de leader sur le continent.

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Retrouvez mon interview pour La Tribune Afrique, réalisée en amont de mon déplacement en Côte d'Ivoire pour préparer le Sommet Union africaine - Union européenne:

La Tribune Afrique : Vous effectuez une mission à Abidjan en Côte d'Ivoire, ce 30 et 31 octobre en prélude au prochain Sommet UE-Afrique. Est-ce à dire qu'il reste certains aspects à baliser notamment la participation de certaines parties comme celles en relation avec le dossier du Sahara, qui risque d'entraver la bonne tenue du sommet ?

Rachida Dati : Je m'y rends à l'invitation du Président Ouattara pour rendre compte au Président du Parlement européen et à mes autres collègues parlementaires des avancées dans la préparation de ce Sommet, notamment sur les nombreux défis communs à l'Union européenne et au continent africain, comme le projet d'avenir pour la jeunesse, la mise en place d'une bonne gouvernance, la lutte contre le terrorisme, la résolution de la crise migratoire et l'adaptation aux changements climatiques.

Ce Sommet est essentiel car il est le dernier rassemblement important avant la révision des Accords de Cotonou, qui régissent nos relations. Je souhaite, comme beaucoup, que l'objectif de ce Sommet ne soit pas détourné par les revendications illégitimes et illégales d'une minorité. Les sujets dont nous devons débattre sont trop graves pour en être détournés. Comme l'a si bien dit Jean-Claude Juncker, le Président de la Commission européenne, « nous savons bien que nous sommes plus forts lorsque nous travaillons main dans la main. C'est avec ces objectifs bien présents à l'esprit, que nous entamons les préparatifs du cinquième Sommet UE-Afrique ».

À Abidjan vous allez rencontrer en plus des autorités, des représentants de la société civile ainsi que d'autres personnalités du pays mais également françaises. Quel est l'enjeu de ce sommet pour la France qui demeure le principal partenaire européen de la Côte d'Ivoire ?

Les enjeux pour la France sont les mêmes que ceux de l'Union européenne. Nous devons avancer en coopération étroite avec les pays africains pour faire face à nos défis communs : le terrorisme, la radicalisation et la crise migratoire. Nos pays sont tous touchés, des deux côtés de la Méditerranée.

Il est urgent de trouver une solution durable à la crise migratoire. Derrière ce drame, c'est la question de la jeunesse africaine qui se pose, car c'est elle qui constitue l'essentiel de ceux qui émigrent au péril de leur vie. Ce sera la grande question de ce Sommet : comment offrir un avenir stable, viable et prospère à la jeunesse africaine ? Si les bonnes décisions sont prises, elle sera un atout et une chance considérables pour le continent africain, et non un "défi civilisationnel" comme certains le prétendent.

La France est très présente économiquement en Côte d'Ivoire, tant le pays représente un potentiel économique important. La Côte d'Ivoire, c'est la deuxième économie d'Afrique subsaharienne, après l'Afrique du Sud. Le pays a affiché une croissance moyenne de 9 % de 2012 à 2016, et vise 8,5 % pour 2017 ! Évidemment, cela intéresse nos entreprises. Nous avons un rôle à jouer, débarrassé du schéma colonial, dans le développement économique de la Côte d'Ivoire, et plus largement de l'Afrique.

La Côte d'Ivoire cristallise à bien des égards le concentré des défis actuels du continent : une croissance dynamique mais pas encore inclusive, le chômage des jeunes doublé d'une explosion démographique qui les pousse sur le chemin de la migration et le tout dans un contexte marqué par des risques d'instabilité politique. Comment l'UE pourrait-elle aider le continent à prendre en charge ces défis ?

L'Union européenne aidera d'autant mieux le continent africain lorsqu'elle comprendra que le temps des rapports inégaux Nord-Sud est dépassé. Traitons enfin les pays africains pour ce qu'ils sont : des partenaires avec un formidable potentiel ! À nous de soutenir les Africains dans cette voie, en prenant les mesures qui s'imposent. Je pense par exemple à une lutte accrue contre la corruption, à des politiques plus efficaces contre l'évasion fiscale. Chaque année, entre 40 et 80 milliards de dollars de taxes échappent au continent, ce qui représente une bien plus grande manne financière que l'aide au développement.

L'Union européenne peut également aider l'Afrique à mettre en place des coopérations régionales efficaces, notamment dans le domaine économique. Nous savons de quoi nous parlons, c'est toute l'histoire de l'Union européenne dont il est question ! L'économie africaine est aujourd'hui encore trop morcelée entre plusieurs organisations régionales construites sur des bases héritées de la colonisation et qui correspondent de moins en moins aux réalités vécues au quotidien par les Africains.

En votre qualité de rapporteur du groupe politique vous aviez pris part aux discussions sur le rapport Stratégie UE-Afrique : un coup d'accélérateur au développement. Quelles sont les principales recommandations que le Parlement a soumis pour justement renforcer ce partenariat ?

Ce rapport sera présenté au vote à Strasbourg, lors de la session plénière de novembre. J'ai défendu dans ce rapport l'importance du partenariat UE-Afrique dans le domaine de la migration, de la lutte contre le terrorisme et de la criminalité organisée. Le climat d'insécurité qui existe dans certaines parties du continent africain nuit à la croissance, à l'emploi, à l'investissement et donc au développement.

L'Union européenne et l'Afrique doivent intensifier leur coopération et le dialogue politique, c'est indéniable, mais comment ? Je propose par exemple que l'Union européenne s'appuie sur des pays moteurs pour entraîner le développement du continent. Je pense notamment au Maroc et à la Côte d'Ivoire. Nous devons également nous appuyer sur la diaspora africaine en Europe, incroyable source de savoir et des relais pour comprendre les problématiques africaines.

Comment l'UE entend-elle accompagner le continent alors que sur bien des questions comme la problématique de la gestion migratoire, les priorités ne semblent pas les mêmes selon les pays membres et certains États ont même mis en œuvre des stratégies unilatérales en signant des accords avec certains de leurs pairs africains ?

C'est pour cela que le Sommet UE-Afrique est si crucial ! Nous devons tous nous assoir à la même table pour discuter des enjeux de notre coopération. Mais si l'Afrique doit être considérée comme un partenaire uni et indivisible, il est aussi compréhensif que des solutions individuelles soient proposées, alors que tous les pays ne font pas face aux mêmes problématiques.

C'est pour cela qu'en novembre 2015, lors du sommet de la Valette sur la migration, l'Union européenne a promis une aide financière à l'Afrique, avec un fonds d'1,8 milliard d'euros, pour endiguer les flux migratoires et créer des programmes différents en fonction des problématiques régionales ou locales. Le fonds fiduciaire profite à toute une série de pays d'Afrique situés sur les principales routes migratoires africaines à destination de l'Europe. Les pays voisins des pays éligibles peuvent également bénéficier, au cas par cas, de projets financés par le fonds fiduciaire.

Nous avons besoin de tous les échelons de coopération, cela inclut aussi bien les accords bilatéraux entre États que les accords régionaux et multilatéraux, ainsi que l'échelon local. Mais l'important est d'avoir une stratégie globale, d'où la nécessité de ce Sommet.

On l'a vu avec le G5 Sahel et dans le cas d'autres conflits comme au Mali ou en Centrafrique, l'aide attendue par les pays africains de leurs partenaires n'est pas à la hauteur des ambitions. L'UE a-t-elle les moyens de ses ambitions africaines ?

L'Union européenne est le premier bailleur de fonds en Afrique. Elle sait souvent montrer l'exemple et bien souvent prendre ses responsabilités. Après, nous devons avoir des leaders politiques qui prennent des décisions courageuses, même à contre-courant des opinions publiques.

Il ne s'agit pas tant de dépenser des millions mais d'accompagner stratégiquement l'Afrique, sur le long terme, pour que les fonds alloués soient utilisés dans l'intérêt des Africains. À titre d'exemple, en juin 2017, il a été annoncé qu'une aide européenne de 50 millions d'euros serait allouée aux pays du G5 Sahel pour soutenir la création d'une force conjointe destinée à lutter contre le terrorisme. Nous devons accompagner ce projet en leur apportant l'expertise de nos services de renseignement, de nos armées, de nos forces de sécurité, sur le même modèle de ce que fait la France auprès du Mali.

Et nous ne sommes pas les seuls à pouvoir apporter l'expertise nécessaire. Les services de renseignement marocain et algérien, par exemple, ont une expérience considérable dans le démantèlement des cellules terroristes qui déstabilisent la région et peuvent apporter au G5 Sahel un savoir-faire dans le domaine du renseignement des plus utiles. C'est aussi ça le co-développement et le partenariat Sud-Sud.

C'est le cas aussi dans le domaine économique où les entreprises européennes veulent faire face à la rude concurrence d'autres puissances comme la Chine mais en même temps, les pays européens se font également concurrence entre eux. Cela ne constitue-t-il pas un handicap ?

Là où vous voyez cela comme un handicap, voyons le au contraire comme la possibilité, pour les États africains, d'avoir une offre compétitive et au juste prix. Aujourd'hui, les investissements des entreprises européennes et de leurs filiales en Afrique s'élèvent au total à plus de 200 milliards d'euros par an, ce qui fait de l'Union européenne le premier partenaire de l'Afrique dans ce domaine. Les échanges commerciaux et les investissements entre l'Afrique et l'Union européenne peuvent certes encore être améliorés par une coopération plus étroite, une coordination politique et la conclusion des négociations de l'OMC. Mais nous sommes dans la bonne voie.

À ce titre, le Maroc constitue déjà un hub continental liant l'Afrique à l'Europe, il permet de favoriser l'investissement et le commerce entre nos deux continents.

Au Gabon, en RDC ou tout récemment au Togo, l'UE peine à se faire entendre sur les crises politiques. Quelle est la position du Parlement européen sur ces dossiers qui continuent à cristalliser l'actualité africaine sans tenir compte de leurs conséquences socio économiques ?

Au Parlement européen, nous votons régulièrement en plénière des résolutions d'urgence pour alerter sur les crises politiques, les violations des droits de l'Homme dans un pays. Ce fut le cas en septembre dernier sur la répression de l'opposition au Gabon, ainsi qu'en juin sur la République Démocratique du Congo.

Je regrette que le Parlement européen n'ait pas d'autorité en matière de politique étrangère, alors que nous sommes la seule institution européenne élue directement par les citoyens européens.

Il manque souvent une inflexion politique à la résolution de ces crises. Sans retomber dans nos travers passés, avec un interventionnisme mal venu, je souhaite que nous fassions preuve de plus de courage dans la réaffirmation de nos valeurs, dans l'intérêt des Africains et non de leurs dirigeants ou de nos entreprises !

Ce sommet arrive à la veille de la conclusion de négociations pour un nouvel accord UE-ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique) et qui soulèvent bien des inquiétudes en Afrique. Les exigences de l'UE ne sont-elles pas plutôt favorables aux pays européens surtout si on tient compte de la réalité sur le terrain notamment la dynamique industrielle encore embryonnaire sur le continent ?

En octobre 2016, nous avons voté au Parlement européen un rapport sur l'avenir des relations ACP-UE suite à l'échéance des Accords de Cotonou en 2020. Ce que nous souhaitons, c'est une structure plus efficace et adaptée aux tendances de la mondialisation. Il ne peut pas être question de favoriser les pays européens au détriment de l'Afrique.

Le nouvel accord UE-ACP devra obligatoirement, pour être juste et efficace, prendre en compte deux choses: en premier lieu, les accords préexistants afin d'établir une continuité dans le partenariat. Ensuite, il devra également prendre en considération les organisations régionales, et notamment l'Union africaine afin d'approfondir le processus de régionalisation. Lors de mon déplacement à Abidjan, je vais rencontrer le Représentant Résident de la CEDEAO en Côte d'Ivoire ainsi que le Président de la Banque africaine de développement. L'Afrique est riche de plusieurs organisations régionales et continentales de qualité. Ce nouvel accord doit les aider à poursuivre leur travail ensemble, en coopération étroite avec l'Union européenne.

Enfin, le lien entre sécurité et développement doit être un élément essentiel de ce nouvel accord. Sans sécurité, pas de développement possible !

Ces derniers temps on assiste à une montée de l'afro-optimisme qui se matérialise entre autres par la critique de certains donneurs de leçons, en plus des critiques contre certains systèmes comme le Franc CFA. Quelle est votre opinion sur ce sujet et comment l'UE peut-elle renforcer son partenariat avec le continent sans pour autant donner l'impression de ne vouloir que sauvegarder ses propres intérêts sur cette question macroéconomique ?

Mais si les Africains sont optimistes pour l'avenir de leur continent, c'est une excellente nouvelle ! Et ils ont raison de l'être ! Pendant des années nous avons réduit l'Afrique à ses crises politiques, sanitaires ou économiques. Aujourd'hui, la montée de l'optimisme africain ouvre les yeux de l'Europe sur la nécessité d'un partenariat d'égal à égal, gagnant-gagnant, même si l'Afrique est gravement confrontée à la montée de la radicalisation et du terrorisme.

Sur le Franc CFA, des réformes doivent être mises en place. Mais je regrette que le débat autour de cette question soit devenu idéologique alors que de réels changements sont nécessaires. Tout d'abord, l'impression du Franc CFA doit quitter la France et cette monnaie changer de nom afin de clore ce débat idéologique qui nuit aussi bien à l'Afrique qu'à la France. Ensuite, il faudra réfléchir à des réformes en profondeur comme sans doute celle de la fin de la parité fixe avec l'Euro. Dans tous les cas, ces réformes devront se faire en douceur afin d'éviter toute perte de stabilité.

Dernière question, quelle est votre appréciation de la situation politique et socioéconomique de l'Afrique et des perspectives de développement alors que chaque jour des conflits naissent ou persistent ici et là ?

L'environnement politique en Afrique reste fragile comme le démontre notamment la situation dans le Sahel, la menace terroriste « Boko Haram », la situation de la Centrafrique et du Soudan du sud, les futures échéances électorales en Afrique de l'Ouest et les tensions au Maghreb. Or c'est bien de cette stabilité dont les pays africains ont besoin pour attirer les investissements, développer des infrastructures publiques au service de tous, et offrir un avenir sûr aux plus jeunes générations. C'est pour cela que nous devons construire un partenariat et une aide au développement qui s'attaque à la fois aux besoins socioéconomiques mais également aux besoins sécuritaires.

Pour autant, la situation est très hétéroclite en fonction des pays. De nombreux pays africains ont enregistré ces dernières années des performances économiques impressionnantes, à faire pâlir d'envie certains États membres européens. L'élan d'optimisme qui traverse l'Afrique ne vient pas de nulle part. Ce continent n'est plus uniquement le berceau de l'humanité, il est désormais son avenir. Je suis convaincue que le XXIème siècle sera celui de tous les possibles pour l'Afrique. C'est le message que je continuerai de porter comme Député européen.

Propos recueillis par Aboubacar Yacouba Barma

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Retrouvez mon interview pour le quotidien Nice-Matin sur la lutte contre la radicalisation:

Interview de Rachida Dati pour Nice Matin

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A la suite du premier tour de l'élection présidentielle française retrouvez mon point de vue dans le Financial Times. Je reviens notamment sur le rôle que doit avoir ma famille politique lors des prochaines élections législatives ainsi que sur les enjeux de cette élection pour la France et l'Europe.

The French centre-right still has a chance to make its mark

To support Macron in the run-off against Le Pen is not to endorse his programme

What have we learnt since the first round of voting in the French presidential election, in which Emmanuel Macron, the independent centrist candidate, emerged in the lead ahead of Marine Le Pen of the far-right National Front?

Despite a majority of the French people being broadly right of centre — as the pitifully low score of the Socialist party candidate Benoît Hamon shows — for the first time in the history of the Fifth Republic, a mainstream candidate of the right has not qualified for the second round.

As a member of the centre-right party, the Republicans, I find it hard to comprehend how we lost, particularly when we had a platform and values that were clearly in line with what the French people desired after five years of a Socialist presidency. And we have to add to this electoral defeat a moral lesson, as François Fillon recognised when he acknowledged the role that the “Penelopegate” scandal had played in handing victory to Mr Macron.

We have also learnt that the “republican front” — the convention that dictates voting for the candidate opposing the FN, no matter who he or she is — is outdated. Since the presidential election in 2002 that saw Ms Le Pen’s father, Jean-Marie, lose heavily in a run-off with the incumbent, Jacques Chirac, the FN has got past the first round in virtually every local, national or European election. What is more, its vote share has kept rising. On Sunday, 7.6m people voted for Ms Le Pen, almost 3m more than for her father in 2002.

Those numbers show that the anti-FN front is no longer working. They also show that many French people are fed up with politicians not listening to them. Unfortunately, over the past 15 years, mainstream politicians have concentrated more on simply trying to beat the FN than figuring out why people have been voting in such numbers for a party of the far right. Mr Chirac’s overwhelming victory in 2002 — he beat Mr Le Pen by 82.2 per cent to 17.8 per cent — distracted attention from this urgent task.

The people who backed Ms Le Pen on Sunday are not, in my view, all racists or enemies of the Republic. We more than ever need to find a solution to their anger and despair. If not, chaos will reign and France will be ungovernable. Persisting with the republican front will only achieve one thing: ensuring that the FN’s vote keeps rising until it is in a position to win the presidency. Instead of looking the other way, we should acknowledge that support for Ms Le Pen and the FN is not merely a protest vote.

Where does this leave the centre-right ahead of the second round of this year’s election? Mr Fillon and other leading figures in his party, including former prime minister Alain Juppé, have called on party activists and voters to give their support to Mr Macron. But if we are to do so, we must ensure that he takes the right’s ideas into account. With less than 25 per cent of the vote in the first round, how could he do otherwise?

We should also be clear that a call to support Mr Macron against Ms Le Pen is not an endorsement of his programme. There are some views that we share with him, of course — notably respect for the fundamental values of liberty, equality and fraternity.

But his programme differs from ours on a number of important topics, including security, the judicial system and immigration. Here, Mr Macron must listen to the grievances of middle and working-class voters, and not allow himself to be boxed in as the elite candidate against the populist Ms Le Pen.

One of the biggest challenges of all in the second round will be the question of Europe. Nearly 40 per cent of the electorate voted in the first round for either Ms Le Pen or Jean-Luc Mélenchon, the far-left candidate of La France Insoumise, both of whom are deeply hostile to the EU as it is currently constituted.

It is now Mr Macron’s responsibility to present a clear vision for renewal of the bloc. We need to know, for example, what measures he will take to protect France’s borders, deal with the migration crisis, lead the fight against terrorism, and stimulate economic growth inside the eurozone.

Finally, we should remember that the last word will not be spoken on May 7 when, as seems likely, Mr Macron wins the presidency. Even with no candidate in the second round of the election, the centre-right can still be the leading political force France.

Parliamentary elections take place on June 11 and 18. If the Republicans win those and build a majority in the National Assembly, we could yet implement our programme. These elections are called the “third round” of the presidential race for a reason: they set the political agenda that the president has to follow.

The Republicans have two months to win this battle.

The polls show a yearning for centre-right ideas, but recent events have shown that winning is harder than the data suggest. So we need a new team in order to make our mark in June. If you want something done right, you have to do it yourself.

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A l'occasion du déclenchement par le Royaume-Uni de l'Article 50 ce mercredi 29 mars 2017, enclenchant officiellement le "brexit", le média anglo-saxon The Guardian a demandé à plusieurs responsables politiques européens leurs attentes et leurs espoirs sur les négociations à venir entre le Royaume-Uni et l'Union européenne.

Retrouvez ci-dessous mon point de vue :

Member states must, more than ever, stand behind the core principles of the EU

The EU approach to the Brexit negotiations is a straightforward one – it is one of unity. The 27 EU member states will not negotiate bilaterally with the United Kingdom. The EU will not add layers of complexity to an already layered and complex situation.

Having said that, the member states must, more than ever, stand behind the core principles of the EU, and must take ownership of its related responsibilities – and so must the UK. EU citizens living in the UK and the 1.2 million British citizens living and working in the EU amount to more than 4 million people in total. Isn’t it only right that all of these citizens be given assurances and a sense of security concerning their rights and their futures? This is foreseen to be the core stumbling block during the negotiations.

As an MEP representing French people living abroad, I am very concerned about the future of the more than 300,000 living in the UK. I am very sure the same concerns must be in the back of the minds of the British public who are wondering or will soon start to question whether the 400,000 British citizens living on French soil will be able to continue to do so. Anyone who has visited Dordogne or Normandy knows what I am talking about.

The UK joined the European Economic Community 44 years ago, and now it will leave the project it helped shape. The UK is, however, still part of the European continent, and a member of Nato, the OECD and the G7. Cooperation across generations runs deep, and I believe our common interests will see us through this fracture and the upcoming divisions, which will become evident at the negotiating table.

If Brexit is indeed an end of an era, it now leaves us with no choice other than to forge a new beginning for a different type of cooperation that must deliver reciprocal benefits to all of our citizens.

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Version française de l'interview

François Fillon a finalement obtenu la confiance du comité politique des Républicains. Quel est votre sentiment par rapport à cette affaire? Soutenez-vous sa candidature ou auriez-vous préféré un plan B avec Juppé ou autres? Êtes-vous encore confiante pour le deuxième tour?
François Fillon a été confirmé comme candidat de notre famille politique car il n'y avait pas de consensus pour une autre alternative ou un autre candidat. François Fillon a finalement décidé d’aller jusqu’au bout de cette élection présidentielle malgré les procédures judiciaires en cours. C’est son choix et nous avons étés nombreux à l'avoir entendu. De plus aujourd’hui, il est trop tard pour raviver les tensions, à quatre semaines du premier tour de l’élection. Il est urgent de faire campagne, de faire entendre nos idées et notre projet pour la France.  Nous le devons aux électeurs qui doivent faire leur choix en toute lucidité, et non par défaut.


À ce jour les sondages sont inquiétants. Mais rien n’est joué et rien ne remplacera jamais une élection. Il est donc urgent de faire campagne activement, jusqu’à la dernière seconde avant le premier tour.

 
Emmanuel Macron avance dans les sondages, la gauche est loin derrière. A-t-il des chances de l'emporter? Et Marine Le Pen? Quelle France en cas de victoire à l'Élysée ?
Chaque candidat a des chances de remporter l'élection. Mais sous diverses formes : par défaut, par adhésion, par rejet ou par l'effet d'une forte abstention. Nous avons enfin la liste définitive des onze candidats à l'élection présidentielle. Ils ont tous des programmes différents, pour une vision différente de la France. Les sondages ne font pas l'élection mais correspondent à un état d'esprit à un instant donné. Et cela suscite beaucoup d'inquiétudes. Je le dis à nouveau il est urgent de faire une campagne de fond, d'appeler les Français à la responsabilité lorsqu’ils voteront, qu'ils aient conscience du choix grave qu'ils feront pour la France et l'avenir de leurs enfants.


Mais une réalité en dit long sur le climat de cette campagne, sur notre époque : tout le monde ou presque a accepté que Marine Le Pen passe le premier tour haut la main. Et donc tout le monde se résigne à faire campagne pour seulement être le deuxième !


Mais nous oublions une autre élection capitale, celle des législatives qui doivent donner une majorité au président élu pour qu'il puisse gouverner. Il faut reconnaitre que la seule force politique à proposer une cohérence (une cohérence de candidats et une cohérence de projet) pour les législatives c'est la droite et le centre. Tous les autres candidats n'auront pas de majorité cohérente car leurs candidats aux législatives viennent d'horizons différents avec des projets et des visions divergents. L’histoire française nous a prouvé par bien des situations qu’un ou une Président(e) sans majorité se retrouve vite incapable de gouverner le pays.

 
France, Allemagne, Italie, Espagne, évoquent désormais une Europe à plusieurs vitesses. Est-ce la voie à suivre?
Le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a exprimé son soutien à cette Europe à plusieurs vitesses, à ces coopérations renforcées entre quelques États membres. Je le soutiens, en véritable homme politique, qui privilégie l’action aux grands discours de la bulle bruxelloise.
Je suis favorable à ce projet d’Europe à plusieurs vitesses. Qu’est-ce que ça veut dire concrètement ? Que l'on permet à ceux qui veulent aller plus vite et plus loin ensemble de le faire et que l'on permet à ceux qui font face à des défis communs d'y faire face ensemble. Par exemple, sur la criminalité transfrontalière, certains États membres peuvent décider de créer un corps de police et de magistrats pour lutter contre un phénomène toujours plus important en Europe. En quoi cela handicapera les États membres qui n’en font pas partie ? La porte restera ouverte, il ne s’agit pas d’un club fermé !


Et après tout, cette Europe à plusieurs vitesses n’existe-elle pas déjà ? Entre la zone euro et les pays membres qui ont gardé leur monnaie nationale ? Entre les pays membres de l’OTAN et les autres ? Avec la zone Schengen ? L'Europe s'est toujours construite autour de pays leaders ayant la volonté de coopérer davantage ensemble.


Aujourd’hui, l’Union européenne est dans l’impasse, elle vit un moment de forte remise en question. Il faut, sans changer de direction, prendre un nouveau tournant. Cette Europe à plusieurs vitesses est une solution possible, on doit en discuter, et ne pas se laisser effrayer par une sémantique, qui pour certains, serait trop clivante.


Poutine, Trump, Brexit, des populismes un peu partout....que faire pour les contrer? Êtes-vous confiante en l'avenir?
J’ai confiance en la France, je fais confiance aux Français. Le climat est certes difficile, la reprise économique se fait attendre, toujours plus de personnes se sentent abandonnées par la classe politique actuelle. Mais la solution ne sera jamais dans la résignation ou la démagogie. Nous sommes un pays merveilleux, avec de nombreux talents, des jeunes qui ne demandent qu’à s’en sortir... à nous de libérer les énergies pour qu’enfin, la France reprenne confiance en elle !

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Cinq ans d’effacement européen et de déséquilibres avec Berlin sont à effacer, le destin de la France est à réinventer, l’avenir de l’Europe reste à écrire. Futur Président, si tu nous entends...

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Pour Rachida Dati l'Afrique est en passe de relever le défi de la mondialisation. Le Maroc, acteur majeur sur le continent, pourrait être le moteur de la croissance africaine dans les décennies à venir.

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Suivant de près la situation au Moyen-Orient et ayant été invitée en tant que parlementaire européen à de nombreuses reprises dans la région, je reviens dans cette interview sur le rôle clef que doivent jouer les États du Golfe et notamment l'Arabie Saoudite dans la résolution des crises en Syrie, en Irak et au Yémen. J'apporte également mon point de vue sur le rôle joué par la Russie dans la région.

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Version française de l'interview
Comment la victoire de François Fillon va influencer les élections présidentielles ? 
En politique, rien n'est jamais joué d'avance. Nous sommes à 5 mois du premier tour de l'élection présidentielle française, il reste à convaincre une majorité de Français pour réussir l'alternance en 2017. Pour cela, François Fillon devra d'abord rassembler notre famille politique. De notre unité dépendra notre capacité à convaincre les Français et à conduire le changement sur un chemin exigeant qui supposera des sacrifices et de faire des choix vitaux pour désendetter notre pays, assurer sa sécurité sans pour autant oublier les couches populaires aujourd'hui tentées par le populisme. 

La participation au second tour est encore plus élevée. Comment est-ce que vous jugez cette nouvelle ? 
Les Français ne renoncent pas à la politique dès lors que le débat est de qualité et les choix clairs. Cette primaire est une réussite parce que cela a été un vrai débat avec des projets travaillés de part et d'autre. Les électeurs de la droite et du centre ont compris qu'on était grâce à la primaire plus attentifs à leurs aspirations qu'on ne le faisait dans les jeux d'appareil. C'est un succès de la démocratie.

Pourquoi les Français ont-ils élu François Fillon ?
Pour ma part, je ne crois pas aux sondages, je crois au terrain et finalement à l'élection. Les citoyens ne veulent plus se laisser dicter leurs choix, ils veulent seuls être maîtres de leur destin et ne veulent pas de la pression des élites. C’est la leçon de ce premier tour des primaires de la droite et du centre.

François Fillon a t’il été aidé par le parti ou par l’opinion publique ?
Nous nous sommes focalisés sur Alain Juppé et Nicolas Sarkozy en oubliant parfois François Fillon. 
Le résultat du premier tour de cette primaire peut s'expliquer par deux raisons : d’abord il y a une mobilisation souvent injuste des médias contre Nicolas Sarkozy, qui avait pourtant un programme de droite ambitieux qui s'adressait aux classes populaires et ouvrières. Mais les couches populaires sont très peu venues voter, alors qu’elles étaient pour Nicolas Sarkozy, sans doute aussi parce que cette élection était payante. 

Au final, nombreux sont ceux qui sont venus voter contre Nicolas Sarkozy, alors qu’ils n'étaient même pas concernés par cette élection primaire, en particulier venant de la gauche. Ensuite, François Fillon avait un programme plus cohérent que celui d’Alain Juppé, qui a eu une campagne plus en direction du centre et de la gauche qu'en direction de nos sympathisants les plus engagés à droite.

De l’élection de Donald Trump jusqu’à celle des primaires, on parle toujours du rôle de la Russie. On dit aussi de François Fillon qu’il a toujours cultivé des relations avec Vladimir Poutine, est-ce vrai ?
Je ne sais pas. Demandez-lui ? La France et l'Europe doivent renouer avec la Russie, si on veut régler le conflit syrien, véritable terreau du terrorisme, et qui entraîne la tragédie migratoire que nous connaissons en Europe.

J’insiste : cela compte-t-il aujourd'hui pour faire de la politique ? De Donald Trump à Marine Le Pen et même Salvini en Italie : ils s'affichent tous comme des amis de Poutine.
Le sujet n'est pas d'être "amis", la diplomatie ce n'est pas une question d'amitié. Nous sommes amis avec la Chine qui pose pourtant d'autres problèmes ne serait-ce que la question du Tibet. L'objectif vital aujourd'hui est que toutes les grandes puissances du monde se mettent autour de la même table pour agir efficacement contre le terrorisme et la tragédie migratoire.
Quant aux Russes, il ne faut pas les laisser tout faire. Si on veut faire cesser le drame d’Alep, il faut dialoguer avec la Russie pour se mettre d'accord sur la manière d'envisager l'après-guerre civile en Syrie.

Entre Alain Juppé et François Fillon, qui serait le meilleur Président ?
Celui qui sera choisi par les électeurs de la droite et du centre. Celui qui deviendra Président de la république française ne devra pas être déconnecté des citoyens et du monde d'aujourd'hui. La France de 2017 ne sera pas celle de 2012, elle ne sera déjà même plus celle de 2016 !

Qui a plus de chances de battre Marine Le Pen?
Celui qui entendra la souffrance des français, qui proposera des solutions concrètes et efficaces contre le chômage, contre le terrorisme, contre les inégalités à l'école, pour la protection de l'environnement. Celui qui tiendra ses promesses en particulier vis à vis des classes populaires totalement déclassées, et des classes moyennes en décrochage total.

Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il va quitter la politique. Vous lui faites confiance ?
Le terme confiance n'a pas de sens, c'est un choix personnel d'un homme qui aura marqué l'histoire de son pays et du monde quoiqu'on en pense. Nicolas Sarkozy a prononcé un discours très digne et très fort, un discours d'Homme d'état qui tire avec élégance sa révérence.
Son échec à la primaire marque peut être la fin de son engagement partisan mais je crois que notre pays aura encore besoin de sa vision politique pour la France qu'il aime et qu'il a servi avec passion. Comme il l’a si bien dit dans son discours dimanche dernier, la France et les Français ne le quitteront jamais, il sera toujours au service de son pays, mais d’une manière différente. 

Et vous ? Quels sont vos projets pour l'avenir ?
Je continue mon engagement au service de mes concitoyens à la fois comme député européen et comme maire du 7e arrondissement de Paris. Au parlement européen, je demeure pour ma famille politique en charge des questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme. J'ai fait voter au Parlement européen des mesures concrètes contre le djihadisme et le terrorisme, qui sont peu à peu mises en œuvre dans les États membres. Et je suis attentif à ce que ces mesures s'appliquent le plus vite possible. Je travaille aussi à proposer des mesures pour l'amélioration des conditions de détention en Europe, pour un meilleur accès à l'aide juridictionnelle pour tous les citoyens européens, ainsi que pour l’établissement d’une liste commune pour l’UE de pays d’origine sûrs. Construire l'Europe c'est faire en sorte que la crise migratoire soit prise en charge de manière commune et non chacun pour soi ce qui est la porte ouverte à tous les égoïsmes. 
En tant que Maire, je suis engagée auprès des parisiens, sur toutes les problématiques qui concernent les grandes métropoles, comme la mobilité, la sécurité, l'attractivité. Vous savez, le 7ème est l’arrondissement où se trouve la Tour Eiffel, le monument le plus connu au monde !
Et concernant la future élection présidentielle, je participerai à la victoire de la droite en 2017, dans l'intérêt de la France, mais aussi dans celui de l'Europe. J'espère donc pouvoir défendre et soutenir un projet ambitieux pour la France et les français.

L'effet “éternel retour” semble avoir eu des effets sur Alain Juppé, alors qu’il était le favori. Que s'est-il passé ?
En politique, il n'y a pas de retour quand on n'est jamais sorti ! Alain Juppé est élu depuis très longtemps. Des circonstances politiques ont pu, un certain temps, l'éloigner des échéances politiques mais il n'a jamais quitté à proprement parler la politique. 
Les sondages donnaient Alain Juppé gagnant mais manifestement les peuples aiment prendre en défaut les sondeurs. Je vous renvoie à tous ceux qui affirmaient que le Brexit n'aurait pas lieu, que Hillary Clinton serait élue, voire même à ceux qui concernaient l'élection de la Maire de Rome ! Nous allons voir ce que donne votre prochain référendum.

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Interview de Rachida Dati

Rachida Dati : D'abord venir dans le Gard est un réel plaisir ! J'adore rencontrer les Français là où ils vivent, là où ils peuvent exprimer leurs attentes voire leurs inquiétudes. Le plaisir est doublé par le fait de venir chez mes deux amis : Jean-Paul Fournier, sénateur-maire de Nîmes et Franck Proust, son premier adjoint, qui est également député européen. […]

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Suivant de près les problèmes liés au terrorisme, je me suis rendue en Arabie Saoudite du 1 au 3 octobre et j'ai été reçue personnellement par le roi d'Arabie saoudite Salmane Ben Abdelaziz al-Saoud ainsi que par le vice-prince héritier Mohammed Ben Salmane. Les conflits au Moyen-Orient, le rôle du royaume dans la région et le financement de l'islam en Europe ont été évoqués, ainsi que le développement du programme « Vision 2030 » de modernisation de l'Arabie saoudite. À cette occasion, j'ai d'ailleurs pu visiter le centre de déradicalisation de Riyad, où j'y ai rencontré des détenus yéménites transférés de Guantanamo.

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Le Royaume-Uni est un acteur incontournable dans la lutte contre le terrorisme, ils sont très en avance dans leurs programmes pour lutter contre la radicalisation. Nous aurions tort de nous priver de l'expertise britannique, qui a un rôle déterminant dans l'échange d'informations, et reste un des plus gros contributeurs d'Europol (agence européenne de police). Si nous voulons avancer vers une Europe de la sécurité, cela ne sera pas sans l'expertise et la coopération du Royaume-Uni.

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Tribune sur le débat sur la laïcité, le port du burkini ainsi que la représentation du culte musulman en France.

Traduction française

Quand on parle de la laïcité « à la française », de quoi parle-t-on exactement ?

La France est un pays de tolérance et de liberté. Avec la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, elle en a fait des valeurs universelles. La laïcité est la mise en œuvre de ces valeurs. Elle protège par le droit la liberté de pratiquer une religion. Elle n’est pas faite pour exclure ou combattre les religions, contrairement à ce que de nombreux responsables politiques semblent croire. Aristide Briand, rapporteur de la loi de 1905 indiquait très clairement que la loi  avait pour objet de donner une grande liberté pour les cultes en les libérant de la tutelle de l’État, mais aussi en libérant l’État de la tutelle de l’Église.

Les extrêmes utilisent aujourd’hui la laïcité pour convaincre les Français que l'islam est incompatible avec la République. Il y a un pas de deux entre ceux qui veulent remettre en cause l’égalité entre les femmes et les hommes, la mixité, et les responsables politiques qui se laissent instrumentaliser par les provocations. Ils sont entrainés vers une laïcité qui exclurait la religion de l’espace public. En agissant ainsi, ils détournent l’esprit et la lettre de la loi tout en suscitant des surenchères identitaires.

À travers ces débats, c'est notre cohésion nationale qui est en jeu dans une situation d’extrême tension, liée aux attentats.

Le débat sur la laïcité en France est biaisé par certaines pratiques qui se revendiquent de l’islam et cela fait le jeu des extrémistes de toutes natures.

Il y a des interdictions qui sont fondées, comme par exemple l’interdiction de la burka qui cache le visage au mépris des règles élémentaires de civilité. Mais  certains utilisent désormais l’islam comme moyen de revendication communautaire et identitaire ou de provocation contre notre République. La réponse ne peut être que politique car ces comportements radicaux s'islamisent sans pour autant qu'on puisse  dire qu'en France  l'islam  se radicalise. C’est la contestation radicale de nos valeurs qui prend l’habit de l’islam, il ne faut donc pas confondre les fidèles musulmans avec ces radicaux nihilistes, sans foi, ni loi. 

Rappelons-le, ce que l’on voit avec le burkini ne correspond à aucune tradition coranique car la pensée théologique musulmane est bien au-dessus de ces détails contingents. Le burkini heurte la sensibilité collective des français en voulant imposer dans nos paysages publics des pratiques archaïques et régressives. S'il n'est pas certain qu'il faille généraliser des arrêtés municipaux, il n'en reste pas moins que ces provocations sont inacceptables. La provocation nourrit la provocation. La tension nourrit la tension jusqu’à a l'explosion. Cependant, le droit ne peut pas tout résoudre, on ne peut pas continuellement interdire, et la contrainte juridique ne peut pas remplacer le travail de conviction. Ce travail doit venir des responsables  politiques, qui ne doivent pas se décharger par facilité ou par lâcheté sur les autorités judiciaires et policières.

C’est face à des dirigeants de gauche qui ne savent pas trancher, souvenons-nous de Lionel Jospin alors Ministre de l’Éducation nationale qui n’a pas osé se prononce pas sur le foulard « islamique » à l'école, que les dérives communautaires connaissent leurs plus fortes poussées.

Cette idée peut être compliquée à entendre en Angleterre, où vous avez l'expérience d'une liberté de parole, de provocation, qui à la fin a fini par dévoyer votre  démocratie, et précipiter des jeunes vers une radicalité suicidaire.

Il faut donc ne pas sous-estimer la nécessité du combat politique contre de telles pratiques. Mais si les responsables politiques se doivent de répondre aux angoisses des français, c'est leur rôle, tout en ne se laissant pas entraîner à la surenchère par des provocations ou par des prédicateurs islamistes, une part importante de la tache revient aux musulmans eux-mêmes.


Si l'urgence est de relancer l'économie, redonner de l'emploi, construire les parcours scolaires et professionnels des jeunes en difficulté car les inégalités sont aussi une des racines de la radicalisation, (mais pas une excuse !) il manque cependant une parole musulmane suffisamment forte pour faire entendre clairement : ceci n’est pas l’islam. Il faut donc que les musulmans travaillent à une meilleure représentation de ce qu'ils sont pour protéger nos jeunes et rassurer l'ensemble de la société française. J’affirme que des personnalités qui n'ont ni grandit en France, ni connu le parcours des enfants d’immigrés, français de naissance et appartenant pleinement à la communauté nationale, n'ont rien à faire à la tête d'instances censées représenter les citoyens français musulmans.

Il faut également mettre un terme à l’ingérence des pays étrangers notamment du golfe sur la pratique de l'islam en France. Sur ce point, je continuerai de militer pour lutter contre les financements étrangers de mosquées en France. N'acceptons plus l'importation des idéologies et des pratiques d'autres pays, qui sont en contradiction avec nos lois et nos principes, et qui sont destructrices de notre société.

[La consultation de l'article original sur le site du Financial Times, nécessite d'être abonné.]

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Parues dans la presse entre mars 2016 et novembre 2017.

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Parues dans la presse entre juillet 2014 et décembre 2015.

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