Il n’existe actuellement aucune règle spécifique concernant le ski sous influence
Les skieurs et autres usagers de la montagne qui s’élancent sur les pistes sous l’emprise de l’alcool ou de drogues verront bientôt des sanctions plus sévères, si un nouveau projet de loi est adopté par le parlement.
La députée Christelle d’Intorni propose ces nouvelles sanctions, qui viseraient également les utilisateurs d’oxyde nitreux (gaz hilarant), et renforceraient les règles concernant le port du casque sur les pistes.
Le projet de loi vise à “combler une zone d’ombre juridique”, et à interdire toute utilisation des pistes (notamment le ski et le snowboard) en état d’ivresse ou sous l’influence de substances psychoactives, afin de rendre les pistes plus sûres.
Actuellement, il existe peu voire pas de contrôle des taux d’alcool ou de drogues sur les pistes, et aucune pénalité juridique pour skier sous l’influence de substances psychoactives (bien que la Fédération Internationale de Ski (FIS) conseille aux utilisateurs de suivre 10 grands principes dans le cadre de son Code de la Glisse, et sous une loi plus générale toute personne prise en état d’ébriété en public et se comportant de manière dangereuse risque déjà une amende.
Les stations de ski peuvent également afficher leurs propres règles et panneaux pour les campagnes anti-alcool et drogue.
Le texte doit être examiné avant juin 2026, et Mme d’Intorni espère rassembler un soutien plus large au Parlement d’ici là.
« Bien sûr, la montagne est un lieu de liberté, mais il s’agit d’un sport risqué, et ce projet de loi prend en compte l’évolution de la société », a-t-elle déclaré à France 3, anticipant qu’il pourrait y avoir une certaine opposition de la part des députés qui craignent que trop de règles ne restreignent la liberté personnelle.
Règles et sanctions proposées
Le texte a été finalisé après consultation avec des professionnels du secteur, notamment des maires de stations de ski, la gendarmerie locale et les sauveteurs de haute montagne spécialisés du PGHM (Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne).
Le projet de loi prévoit de nouvelles règles et sanctions, notamment :
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Une interdiction de skier sous l’influence de l’alcool ou des drogues
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Toute personne prise en train de le faire sera passible d’une amende de 135 €, portée à 9 000 € et à quatre ans d’emprisonnement en cas de récidive dans un délai de cinq ans
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Annulation du forfait de ski et accès aux pistes sans remboursement
Des sanctions spécifiques existent également en cas d’accident :
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Une amende de 45 000 € et trois ans d’emprisonnement en cas de blessures graves
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Une amende de 75 000 € et cinq ans d’emprisonnement en cas d’accident mortel (ainsi que toute autre sanction déjà existante en vertu du droit).
Initialement, le projet de loi ne mentionnait pas l’oxyde nitreux, mais Mme d’Intorni a ajouté ce détail (ainsi que l’alcool et les autres drogues) après que les affaires liées à cette substance aient continué d’augmenter.
Par exemple, en janvier de cette année, une enquête menée par les douanes a abouti au démantèlement d’un important réseau de distribution d’oxyde nitreux, avec la saisie de 6 000 bouteilles à la station de Les Arcs, en Savoie.
Autres règles de sécurité
Le projet de loi proposé obligerait également toute personne pratiquant le ski, le snowboard ou la luge à porter un casque, sous peine d’une amende de 135 €.
Mme d’Intorni s’est inspirée de l’Italie, où le port du casque est devenu obligatoire à partir du 1er novembre 2025. Les amendes varient de 100 €, et les skieurs peuvent se voir retirer leur forfait de montagne en cas de récidive.
« Mon objectif est de standardiser le port obligatoire du casque. En Italie, il est déjà obligatoire. Les casques réduisent les traumatismes crâniens de 60% », a déclaré Mme d’Intorni.
Les casques sont déjà obligatoires pour les cours de ski dispensés par l’Ecole de Ski Français (ESF), et certaines stations les exigent également pour les adultes. Mme d’Intorni souhaite uniformiser les règles à l’échelle nationale, et donner aussi à la police le pouvoir de sanctionner sur le champ les contrevenants.
La loi prévoirait également le lancement d’une nouvelle campagne de sensibilisation à la prévention des blessures et aux dangers liés à la consommation d’alcool et de drogue en montagne.
« Protégez-vous et protégez les autres »
Mme d’Intorni est elle-même née dans la vallée de Tinée, à 15 km de la station de ski La Colmaine dans les Alpes-Maritimes (Provence-Alpes-Câte d’Azur).
« En tant que mère et skieuse, je suis préoccupée par le ski. Ces comportements sont extrêmement dangereux », a-t-elle déclaré. « Il faut savoir se protéger soi-même et protéger les autres. »
Cela fait suite au fait que les services d’urgence en montagne ont pris en charge 54 000 personnes blessées lors de la saison dernière en lien avec le ski, soit une hausse de 7 % par rapport à l’année précédente, et l’usage de drogues et d’alcool est souvent un facteur contributif dans les accidents.
Mme d’Intorni a indiqué que ses calculs suggèrent que plus de 25 % des accidents de ski impliquent une personne sous l’influence de l’alcool ou de drogues.
Elle a également ajouté que les accidents de ski peuvent être très graves, car 10 à 15 % des accidents de ski nécessitent une assistance médicale urgente (et très souvent aussi une hospitalisation), et environ 3 % des incidents impliquent une blessure crânienne grave.
