L’opposition française à l’accord de libre-échange n’a pas fait basculer l’enjeu lors du vote clé
Le vote de la France contre le controversé accord de libre-échange UE-Mercosur n’a pas suffi à l’empêcher d’être adopté, après avoir obtenu suffisamment de soutien de la part des États membres de l’UE.
Le président français Emmanuel Macron a annoncé hier soir que la France voterait contre l’accord, dans un message publié sur le réseau social X, après avoir informé plus tôt dans la journée la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
« La France soutient le commerce international, mais [Mercosur] est un accord dépassé, négocié depuis bien trop longtemps selon des termes dépassés (le mandat de 1999) », a déclaré le président.
« Bien que la diversification commerciale soit nécessaire, les avantages économiques de l’accord seront limités pour la croissance française et européenne (+0,05 % du PIB de l’UE d’ici 2040 selon la Commission). Cela ne justifie pas d’exposer des secteurs agricoles sensibles qui sont essentiels à notre souveraineté alimentaire », a-t-il ajouté.
La France est finalement ouverte à un tel accord commercial, a-t-il dit, mais pas dans son format actuel. Plusieurs points de discorde, notamment la sauvegarde, les contrôles des aliments et les mesures miroir, n’étaient pas en place à temps pour le vote de vendredi.
Alors que cette position peut être saluée sur le plan intérieur, notamment parmi les agriculteurs en protestation, elle risque de provoquer des tensions diplomatiques entre le président et plusieurs alliés européens, dont l’Allemagne.
Malgré l’annonce d’hier soir, plusieurs nouvelles manifestations et blocages par des agriculteurs ont commencé ce matin, beaucoup citant le vote Mercosur imminent comme le facteur clé de l’action.
Cela comprend un nouveau blocage de l’A63 dans le Pays Basque, des manifestations et des opérations de ralentissement sur le boulevard périphérique parisien, des blocages de l’A2 et de l’A27, et plusieurs défilés dans des villes et villages du pays.
Certaines blocages dans le sud-ouest liées aux protestations en cours contre le traitement par le gouvernement des troupeaux de bovins atteints de la maladie nodulaire de la peau demeurent, notamment sur l’A64 près de Toulouse et la N21 près de Foix.
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Le vote Mercosur est adopté
« Mercosur » (provenant de l’espagnol Mercado Común del Sur) est le nom que les médias donnent à cet accord commercial controversé, qui mettrait en œuvre un accord de libre-échange entre l’ensemble du bloc UE et quatre pays d’Amérique du Sud dans le cadre du Mercosur – le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay.
Vous pouvez lire ce que prévoit ce texte dans ici.
Les règles de l’UE pour les textes majeurs de ce type exigent une majorité qualifiée pour passer. Dans ce cas, le soutien doit provenir de 15 États membres sur 27, et les votes « oui » doivent représenter au moins 65 % de la population totale de l’UE.
Aux côtés de la France, l’Irlande a annoncé hier son intention de voter contre l’accord. La Pologne et la Hongrie ont également exprimé à plusieurs reprises leur opposition et devraient voter contre.
Cependant, ces pays ensemble n’ont pas suffi à empêcher l’accord d’être adopté.
L’Italie, qui s’était longuement présentée comme l’un des principaux critiques du texte aux côtés de la France, a récemment annoncé qu’elle voterait en faveur lors du vote de vendredi.
Aux côtés de l’Allemagne et de l’Espagne, cela signifie que trois des quatre plus grandes économies et pays par population du bloc soutiennent l’accord.
L’accord devrait être officiellement inauguré dans les prochains jours, Mme von der Leyen devant se rendre au Paraguay et signer l’accord lundi (12 janvier).
Immédiatement après l’adoption du vote à Bruxelles, la France insoumise a déposé une motion de censure contre le Premier ministre français Sébastien Lecornu, après la « humiliation » que le pays aurait subie.
Le Rassemblement National est également censé envisager une motion similaire.
Comment les agriculteurs français réagiront-ils ?
Les récentes protestations d’agriculteurs en France ont convergé sur la réaction du gouvernement face à l’épidémie de maladie nodulaire de la peau chez le bétail – particulièrement les ordres d’abattage massifs – ainsi que sur l’accord UE-Mercosur.
Cela a abouti à une grande manifestation à Paris jeudi (8 janvier) organisée par l’union Coordination rurale après que des agriculteurs sont descendus sur la capitale depuis toute la France.
Dans le sud-ouest, des manifestations y compris des blocages se poursuivent depuis plusieurs semaines, bien que les protests dans cette région se concentrent principalement sur la maladie nodulaire de la peau en tant que foyer des épidémies récentes.
On ne sait pas comment les agriculteurs réagiront immédiatement au vote de vendredi, mais de nouvelles protestations et manifestations pourraient se poursuivre pendant le week-end.
Au niveau national, les syndicats sont divisés sur l’action.
La FNSEA – le plus grand syndicat agricole du pays – aux côtés de sa branche jeunesse, Jeunes Agriculteurs, ont annoncé une action majeure devant le Parlement européen à Strasbourg le 20 janvier si l’accord est approuvé.
« La question actuelle est Mercosur, et Mercosur est négocié à Bruxelles. Des tracteurs devant des monuments à Paris ne feront pas la différence », a déclaré le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, au média Le Figaro.
Il convient de noter que la FNSEA a appelé ses membres à mettre fin aux protests entourant la maladie nodulaire de la peau, à la suite des accords conclus avec le gouvernement sur la question avant Noël, et n’a pas officiellement participé à une action depuis lors.
Cependant, les deux plus grands syndicats suivants, Coordination rurale (responsable des manifestations d’hier à Paris) et la Confédération paysanne, ont aujourd’hui appelé leurs membres à se livrer à des blocages et manifestations pour montrer leur force contre Mercosur.
Ces derniers syndicats sont les principaux groupes qui pourraient continuer à protester dans les jours à venir après que l’accord soit signé.
