Le manque de sommeil en France a des conséquences pour la santé nationale, et se situe à des niveaux similaires à ceux du Royaume‑Uni et des États‑Unis
La France devrait disposer d’un nouvel indicateur de santé consacré au sommeil, similaire au Nutri-Score pour l’alimentation, a déclaré l’institut national du sommeil après qu’une étude a montré une durée moyenne de sommeil de seulement six heures et cinquante minutes par nuit.
La durée moyenne de sommeil des Français est bien inférieure à la durée recommandée pour les adultes et les adolescents (sept à neuf heures, et huit à dix heures, respectivement), selon l’étude conduite pour l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV), publiée le 10 mars.
Un quart des Français déclarent dormir moins de six heures par nuit en semaine (la moyenne le week-end étant de sept heures et quarante-huit minutes).
De même :
Les personnes dorment aussi 15 minutes de moins par nuit que la moyenne enregistrée en 2024, selon l’étude.
Certains spécialistes du sommeil ont appelé à ce que la société prenne davantage en compte l’importance du sommeil et des rythmes biologiques (comme le rythme circadien ; l’horloge biologique quotidienne qui régule le sommeil).
« L’INSV soulève la question d’un indicateur de sommeil et de santé circadienne, que l’on pourrait appeler Somno-Score », écrivent Jean-Arthur Micoulaud-Franchi et Isabelle Poirot (de l’INSV) dans la revue médicale Médecine du sommeil plus tôt cette année.
L’idée est inspirée par le Nutri-Score, une métrique volontaire qui peut être affichée sur les emballages des aliments pour indiquer leur valeur nutritionnelle (de la meilleure note A à la pire E).
L’objectif ne serait pas de mesurer directement le sommeil des personnes, mais d’identifier les facteurs (tels que les appareils, les activités et même l’alimentation ou les boissons) qui influencent le sommeil, ont précisé les auteurs.
Comment le manque de sommeil affecte-t-il la santé ?
Le sommeil contribue à presque tous les aspects de la santé, affirme l’INSV, et un « manque de sommeil » semble être à la fois un symptôme et un facteur aggravant des problèmes de santé, a déclaré le Dr Micoulaud-Franchi.
Un sommeil insuffisant peut accroître le risque de maladies graves, notamment :
« Lorsque vous dormez moins [pour seulement] une nuit, vous êtes plus irritable, plus anxieux, plus facilement agacé et, à long terme, votre santé mentale est affectée », déclare Claude Gronfier, directeur de recherche à l’Institut national de recherche médicale Inserm, pour le Centre de recherche en neurosciences de Lyon, à Le Monde.
Pourquoi les gens dorment-ils mal en France ?
Les pressions liées au travail et à l’école sont des facteurs contribuant à un manque de sommeil, a indiqué l’INSV, tels que :
Les Français passent également trop de temps à l’intérieur, a constaté l’étude, ce qui signifie qu’ils ne bénéficient pas d’une exposition suffisante à la lumière naturelle pour synchroniser leur rythme circadien.
La société moderne est en partie responsable, a déclaré le Dr Gronfier. « Notre société est toxique sur le plan chronobiologique. Tout est conçu pour que nous dormions le moins possible. »
Le manque de lumière extérieure et trop de lumière d’intérieur ou artificielle peut aggraver la situation, a ajouté l’INSV. Cela est particulièrement vrai pour la lumière “bleue” émise par les écrans avant le coucher.
-
71% des Français passent moins d’une heure par jour à l’extérieur en semaine
-
27‑30% des Français laissent un écran (téléphone, télévision, ordinateur) allumé pendant leur sommeil
-
18% laissent une lampe ou une veille allumée pendant leur sommeil.
Outre la lumière bleue, recevoir des notifications nocturnes sur les appareils peut également perturber le sommeil et augmenter le niveau de stress, a indiqué l’INSV.
« Des ajustements simples pourraient vous aider à gagner trente minutes de sommeil par nuit », a déclaré le Dr Gronfier.
Parmi ces mesures :
-
Ne pas laisser votre téléphone ou d’autres appareils allumés près de vous dans la chambre
-
Choisir un éclairage chaleureux dans votre chambre
-
Éviter les nuisances sonores excessives la nuit
-
Éviter l’alcool et les stimulants dans la seconde moitié de la journée ou en soirée
-
Veiller à ce que votre chambre ne soit ni trop chaude ni trop froide
-
Privilégier davantage d’activité physique durant la journée
Le conseil survient alors qu’une récente tendance sur Internet a suggéré que les femmes françaises « dorment bien » et qu’elles suivent une « routine nocturne parfaite à la Française ».
Comment le sommeil en France se compare-t-il à celui des États‑Unis et du Royaume‑Uni ?
Le manque de sommeil en France est similaire à celui observé au Royaume‑Uni et aux États‑Unis, selon les études, en particulier chez les adolescents.
En France, « plus de 30 % des enfants et jusqu’à 70 % des adolescents ne dorment pas suffisamment », indique l’INSV dans son rapport.
Cela concorde avec les chiffres les plus récents disponibles de l’autorité sanitaire publique américaine, le CDC (Centers for Disease Control and Prevention), qui montrent qu’en 2021, 77 % des adolescents ne dormaient pas suffisamment par nuit.
De même, une autre étude portant sur 120 000 adolescents américains a montré que la proportion d’étudiants déclarant un manque de sommeil (sept heures ou moins par nuit) est passée de 68,9 % en 2007 à 76,8 % en 2023.
Les données du CDC montrent également que 36,8 % des personnes aux États‑Unis déclarent un « manque de sommeil », ce qui est classé comme moins de sept heures par nuit.
Au Royaume‑Uni, la situation est similaire.
Une étude représentative de 2022 a révélé que 74 % des adultes britanniques avaient connu une diminution de la qualité du sommeil au cours des 12 mois précédents, les jeunes adultes âgés de 35 à 44 ans ayant le moins dormi (près de 50 % dormant entre cinq et six heures par nuit et 33 % entre sept et huit heures).
Elle a également révélé qu’une sur dix personnes au Royaume‑Uni ne dormait que deux à quatre heures par nuit.
