Fin potentielle des services gratuits

Les secours en montagne gratuits en France pourraient bientôt appartenir au passé, à mesure que les autorités envisagent de mettre fin au service en raison de coûts croissants et de l’inflation.

La Cour des comptes (la plus haute juridiction française chargée d’évaluer les dépenses publiques) a cette semaine présenté au Sénat un rapport de 157 pages, qui recommandait que :

  • Les services de secours en montagne devraient facturer au minimum une partie des coûts des sauvetages qui se déroulent en dehors de leur ressort géographique habituel, à partir de 2028.

  • Il devrait exister une force unifiée pour les secours, au lieu de la coexistence actuelle de trois forces (voir ci-dessous pour la répartition).

« Légitime et nécessaire » de faire payer

Les secours en montagne ont été gratuits en France depuis une loi de 1985 à cet effet, qui remontait elle-même à un principe de 1733 établissant le sauvetage gratuit pour les personnes dans le besoin.

Cependant, le système est désormais remis en question en raison des « contraintes budgétaires locales et nationales » croissantes, et d’une forte hausse du nombre de sauvetages au cours des dix dernières années. Le rapport indique qu’une estimation basse du coût total du système de secours en montagne par an s’élevait à 107 millions d’euros en 2024.

Le rapport recommandait : « Avant la fin de 2028, une tarification pour tout ou partie du coût des services de secours en montagne. »

Il ajoutait : « L’action de faire payer les secours en montagne est légitime et nécessaire », même s’il reconnaissait que les services avaient été réticents à facturer par le passé, et que le « prestige » des unités de secours en montagne avait dissuadé les autorités de remettre en question le système.

Cela est particulièrement vrai pour les unités de gendarmerie de haute montagne (PGHM – Pelotons de Gendarmerie de Haute Montagne), dont l’expertise est extrêmement prisée.

Sauvetages en hausse et coûts qui grimpent

Les sauvetages ont augmenté de 44 % au cours de la dernière décennie en raison de la hausse du nombre de personnes pratiquant les sports d’hiver et du changement climatique, qui peut provoquer des conditions en montagne plus imprévisibles et changeantes.

En 2024, il y a eu 9 910 interventions, pour secourir 9 835 personnes (soit une hausse de 7 % par rapport à 2023).

Le coût par intervention est également passé de 8 600 € à presque 11 000 €, indique le rapport, ajoutant que cela est une estimation « prudente ».

Il ajoutait également que :

  • Le coût global des sauvetages en montagne a augmenté de 55 %, soit deux fois le taux d’inflation.

  • Les coûts de transport aérien ont augmenté de 141 % (et 85 % des sauvetages se font par hélicoptère).

Cela est dû à l’augmentation des coûts d’entretien des hélicoptères vieillissants, ce qui pourrait même conduire à la « fermeture de certaines bases de la gendarmerie », selon le rapport.

La prévention plutôt que le remède

Le rapport estimait que prévenir les accidents dès le départ devrait être une priorité majeure.

« La prévention est un facteur clé pour maîtriser les dépenses publiques », précise-t-il, tout en déplorant les ressources relativement limitées consacrées par les autorités telles que le Ministère des Sports à des campagnes de sensibilisation à la sécurité publique.

Par exemple, il indiquait :

  • €16,61 millions ont été dépensés pour les campagnes nationales de sécurité routière en 2025, alors que les incidents routiers ont entraîné 235 600 blessés et 3 193 décès (l’équivalent de 70 € dépensés par blessure, ou 5 202 € dépensés par décès).

  • En comparaison, seulement 100 000 € ont été dépensés pour les campagnes de sécurité en montagne, alors que les incidents en montagne étant associés à 5 482 blessures et 266 décès en 2024 (soit l’équivalent de 18 € dépensés par blessure, ou 375 € dépensés par décès).

Le rapport appelait également à une plus grande responsabilité personnelle parmi les utilisateurs de la montagne, et s’interrogeait sur l’opportunité de sanctions plus sévères pour les comportements irresponsables et/ou l’utilisation abusive des services d’urgence.

Cependant, la cour a reconnu que faire payer les secours en montagne ne conduit pas nécessairement à une réduction directe des coûts, comme le montrent « des exemples d’autres pays ». En Suisse et en Autriche, par exemple, les usagers de la montagne se voient conseiller de souscrire une assurance pour couvrir le coût obligatoire des secours.

Le rapport a toutefois évoqué certaines stratégies alternatives utilisées dans d’autres pays, comme l’Italie, où la personne secourue est uniquement facturée si elle est indemne mais appelle tout de même à l’aide.

Tensions dans le service de secours

La Cour des comptes a également réitéré ses appels en faveur d’un service plus unifié.

Actuellement, les secours en montagne en France sont assurés par trois types d’unités :

  • Unités de gendarmerie de haute montagne (PGHM – Pelotons de Gendarmerie de Haute Montagne)

  • Unités de sécurité en montagne (CRS Montagne – Compagnies Républicaines de Sécurité en Montagne)

  • Groupes montagne des sapeurs-pompiers (GMSP – Groupes Montagne Sapeurs-Pompiers).

Les trois groupes travaillent ensemble de manières différentes selon le lieu et le type d’opération de sauvetage, ce qui peut prêter à confusion.

Par exemple, en Haute-Savoie, gendarmes et pompiers travaillent ensemble. Au Mont-Blanc, les gendarmes travaillent seuls. Àilleurs dans les Alpes, les gendarmes et les CRS alternent selon la semaine, mais dans d’autres zones, le GMSP peut intervenir. En Corse, le PGHM et les gendarmes alternent chaque semaine.

En 2015, le personnel CRS a même protesté devant le bâtiment de la préfecture des Alpes-Maritimes, affirmant que le système provoquait une confusion et poussait chaque corps à « se marcher sur les pieds les uns des autres ».

La cour a longtemps appelé à l’unification ; lors de son dernier réexamen en 2012 (le plus récent avant le présent rapport de 157 pages), elle dénonçait « un manque de cohérence dans l’organisation et l’emplacement des unités ».

Aujourd’hui, la cour a renouvelé ses appels à moins de « concurrence » et à une meilleure efficacité. Des services en concurrence peuvent provoquer des « tensions », conduire à des « interventions en double », et même conduire à « l’utilisation de moyens inappropriés » lors des opérations de sauvetage, a-t-elle déclaré.

Le rapport reconnaissait l’excellence actuelle du service dans l’ensemble – par exemple, les sauveteurs en Savoie décollent en moyenne en seulement six minutes après une alerte – mais a aussi souligné des moyens d’améliorer le système et des gains d’efficacité.

Par exemple, dans certaines zones, les services effectuent moins de dix sauvetages par an. Nationaliser l’ensemble du système permettrait de répartir les ressources plus équitablement, selon le rapport.

Dans l’ensemble, il soutenait que :

  • Le PGHM a un faible niveau d’activité dans les zones de montagne à basse altitude.

  • Le GMSP entraîne une perte de ressources des sapeurs-pompiers qui pourraient être mieux utilisées au niveau national.

  • La CRS Montagne n’est souvent pas nécessaire.

L’unification des secours en montagne en une seule force permettrait d’économiser « au moins 10 % du coût du système actuel, soit environ 10 millions d’euros », selon le rapport.

Il reconnaissait que peu de politiciens seraient disposés à effectuer un changement aussi radical, et recommandait que les pompiers soient retirés des secours en montagne comme première étape, car ce serait le mouvement le plus facile à mettre en œuvre sans réorganiser entièrement le système national.

« Investir dans le développement des capacités de secours en montagne des pompiers, qui entrent en concurrence avec les services de l’État, est paradoxal », indique le rapport.

Au minimum, il recommandait que les services des pompiers se concentrent sur les « basses et moyennes chaînes de montagnes et que le CRS et le PGHM se consacrent uniquement aux hautes montagnes », afin d’éviter une concurrence inutile.

Amélioration de la collecte de données

Le rapport appelait également à renforcer l’observatoire de sécurité en montagne SNOSM (Système national d’observation de la sécurité en montagne), afin d’améliorer la collecte et la fiabilité des données statistiques.

Si vous avez besoin d’une assistance d’urgence en montagne en France, appelez le 15 ou le 112.


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