La liste déjà largement fournie des candidats à l’élection présidentielle française de 2027 ne cesse de s’allonger après que le député européen du centre-gauche, Raphaël Glucksmann, ait officiellement lancé sa candidature dimanche (23 août).
M. Glucksmann, co-leader du parti « Place Publique », était depuis longtemps attendu au sein de la course et l’annonce dominicale n’en est guère plus qu’une confirmation officielle.
Il figurait déjà dans plusieurs sondages, qui le plaçaient comme un candidat populaire à gauche mais largement distancé par les figures d’extrême droite Jordan Bardella et Marine Le Pen.
Il rejoindra plusieurs autres socialistes dans une primaire élargie en octobre, au cours de laquelle un seul candidat sera désigné pour l’élection de 2027.
Les élections présidentielles françaises auront lieu en deux tours les 18 avril et 2 mai 2027.
Chef du parti du centre-gauche pro-européen
M. Glucksmann est co-fondateur du parti Place Publique, lancé en 2018.
Occupant une position de centre-gauche et extrêmement pro-européenne sur l’échiquier politique français, il entretiendra depuis sa fondation une alliance étroite avec le Parti socialiste.
En 2024, M. Glucksmann a dirigé une coalition des deux partis lors des élections européennes de 2024, où il a été élu député européen et a conduit le groupe à obtenir 14% des suffrages.
Fils du philosophe André Glucksmann (qui est passé d’une position pro-marxiste à soutenir finalement Nicolas Sarkozy lors de l’élection présidentielle de 2007), Raphaël Glucksmann a passé une grande partie de sa vie en politique.
Il a travaillé comme conseiller du président géorgien Mikhaïl Saakachvili entre 2008 et 2012, ainsi que journaliste politique et écrivain avant de cofonder le parti Place Publique.
Sa partenaire de longue date est Léa Salamé, une présentatrice de télévision française de premier plan, et les deux sont en couple depuis 2015.
Elle s’est temporairement retirée de son rôle phare à l’émission télévisée « 20 heures » pour soutenir la campagne de son mari et éviter tout conflit d’intérêts – elle interviewe souvent des hommes et femmes politiques dans l’émission.
Elle avait déjà pris des mesures similaires en 2019, et pour les élections européennes de 2024 s’était abstenu d’interviewer des figures politiques, confiant cette responsabilité à ses collègues.
Will take part in primary
Ses absences de l’antenne pourraient toutefois être de courte durée, car M. Glucksmann devra passer par une primaire chargée avant de se présenter à l’élection de 2027.
Plusieurs responsables politiques de gauche et du centre gauche ont annoncé leur candidature à la présidence, ou manifesté leur intérêt pour représenter le parti lors de l’élection.
Le Parti socialiste organise donc une primaire pour sélectionner un seul candidat qui les représentera, afin d’éviter la fragmentation des voix.
Cette primaire fermée – seuls les membres du Parti socialiste et du Place Publique pourront voter – définira le candidat qui représentera l’alliance pour la suite.
Aux côtés de M. Glucksmann, les candidats confirmés à la primaire sont Ségolène Royal (ancienne candidate socialiste à la présidentielle en 2007 et ex-partenaire de l’ancien président François Hollande) et Philippe Brun.
Plusieurs autres, dont Olivier Faure (chef du Parti socialiste), Carole Delga (présidente de la région Occitanie), Jérôme Guedj et Boris Vallaud, devraient rejoindre la primaire avant la date limite du 15 septembre.
Une exception est Karim Bouamrane, maire socialiste de Saint-Ouen (une banlieue parisienne).
Bien qu’il soit membre du parti et ait annoncé sa candidature présidentielle plus tôt cette année, il a déclaré qu’il ne rejoindrait pas la primaire et se présenterait à l’élection de 2027 quoi qu’il en soit.
La campagne de M. Glucksmann bénéficie du soutien de plusieurs personnalités notables, et a de fortes chances d’être victorieuse à l’issue de cette primaire pour représenter le bloc du centre-gauche.
Parmi les soutiens figure Marguerite Cazeneuve, qui était jusqu’à son départ directrice adjointe du programme de sécurité sociale française (Caisse nationale d’Assurance maladie) et Aurélien Rousseau, ancien ministre de la Santé.
Will there be a second ‘primary’?
Même s’il remporte cette primaire socialiste, le paysage de la gauche du centre se montre déjà chargé.
Aux côtés du candidat socialiste éventuel, les Verts et les Communistes occupent également cet espace et pourraient mener leurs propres campagnes présidentielles.
Les trois partis se sont alliés à plusieurs reprises ces dernières années, d’abord dans des coalitions étendues avec d’autres formations de gauche, notamment La France insoumise, puis plus récemment dans un pacte tripartite pour les élections municipales de 2026.
Cependant, il est généralement rare que les partis s’unissent lors des élections présidentielles, les groupes préférant présenter leurs propres candidats puis soutenir un vainqueur de leur choix au second tour.
Alors que le Rassemblement National, extrême droite, est presque assuré d’accéder au second tour, les groupes pourraient déroger à cette tendance et se mobiliser dès le premier tour afin d’augmenter leurs chances de passer eux-mêmes et de constituer l’opposition à l’extrême droite au second tour.
Cela est le plus probable avec les Socialistes, les Verts et les Communistes, qui devraient trouver plus facile de créer une plate-forme commune.
En effet, l’ancien chef des Verts, Yannick Jadot, a annoncé qu’il soutiendrait la campagne primaire de M. Glucksmann, signe précoce d’un soutien interparties.
Cela pourrait favoriser des alliances plus larges entre les centristes – les anciens Premiers ministres Gabriel Attal et Édouard Philippe participent tous deux à l’élection de 2027 – et soit à gauche soit à droite dès le premier tour.
Il y a même eu des appels de l’ancien Premier ministre François Bayrou en faveur d’une « primaire républicaine » réunissant tous les partis de gauche, du centre et de droite afin de converger vers un seul candidat.
Cela, selon Bayrou, leur donnerait une meilleure chance d’atteindre le second tour, ainsi que des marges de manœuvre plus longues pour élaborer une plateforme politique commune qui permettrait une alliance stable entre les groupes après l’élection.
Une telle entente reste toutefois peu probable.
À noter que tous les partis de gauche ont refusé sans équivoque de coopérer avec La France Insoumise, la formation étant classée à l’extrême gauche.
M. Glucksmann a longtemps été critique envers ce groupe, et s’opposait aux alliances à gauche entre les socialistes et l’extrême gauche.
Does he poll well?
M. Glucksmann est notable pour ses solides chiffres de sondage auprès du centre-gauche et des socialistes, ce qui lui confère une légitimité accrue pour la primaire.
Il figure régulièrement parmi les politiciens les plus populaires auprès des membres du Parti socialiste, juste derrière François Hollande – qui pourrait lui aussi tenter une candidature à la présidence à la dernière minute.
Lorsqu’on le compare toutefois à des candidats issus de l’ensemble du spectre politique, le soutien à M. Glucksmann est moins répandu.
Les sondages sur les intentions de vote du premier tour placent le soutien à M. Glucksmann entre 8,5% et 14% cette année, en moyenne autour de 11%.
Bien que cela le place devant ses pairs du centre-gauche, il est considérablement derrière l’extrême droite, avec Jordan Bardella et Marine Le Pen en tête des intentions autour de 37% chacune, la seconde devant représenter le Rassemblement National lors de l’élection du printemps.
Plus inquiétant encore, il se situe aussi derrière des figures de gauche – l’éperon Jean-Luc Mélenchon est à 17% – et du centre, Édouard Philippe affichant lui aussi environ 17%.
Cela signifierait que M. Glucksmann serait largement battu dès le premier tour si il devenait le candidat final.
Bien qu’il bénéficie du soutien de la cohorte socialiste, M. Glucksmann souffre de son image de membre de l’élite intellectuelle déconnectée des défis du quotidien en France.
De telles opinions ont été exacerbées en mai 2026 à la suite de la fuite d’un document interne du parti qui l’exhortait à ne pas chercher le soutien des travailleurs, de la tranche d’âge 18-25 ans et de groupes tels que les parents célibataires.
What are his policies?
M. Glucksmann n’a pas encore dévoilé un programme détaillé pour 2027.
Un programme complet pourrait ne pas être disponible avant l’issue de la primaire socialiste, mais une bonne base de ce qui est attendu peut être trouvée dans le document 2025 du Place Publique intitulé « Notre Vision pour la France ».
Il expose bon nombre des plus grandes ambitions du parti et devrait avoir un large chevauchement avec le programme de 2027.
Les engagements clés comprennent l’investissement dans l’éducation, la défense nationale, la réindustrialisation, un effort massif en faveur de la transition écologique de la France, tout en réduisant le déficit et la dette croissante du pays.
M. Glucksmann ne soutient pas la réforme des retraites de 2023 qui avait porté l’âge de la retraite à 64 ans avant qu’elle ne soit suspendue l’an dernier.
La réforme des retraites est sans doute un point central de l’élection présidentielle, mais à la différence de nombreux autres socialistes et mouvements de gauche, M. Glucksmann affirme que la réforme est nécessaire et qu’un âge de départ à la retraite standardisé à 62 ans (l’âge antérieur à ces réformes) ne peut être maintenu.
Il avait déjà laissé entendre que certaines personnes devront travailler plus longtemps, tandis que d’autres pourraient « prendre leur retraite à 60 ans » en fonction des difficultés et des expériences de carrière, sans préciser exactement qui appartient à chaque camp.
M. Glucksmann est ardent défenseur de l’Europe et a appelé à une intégration plus poussée au sein de l’UE.
Cela inclut une augmentation du budget de l’UE et un fonds de défense commun de 500 milliards d’euros pour l’Europe.
Alors que le parti appelle à une « limite » à l’immigration, il n’y a pas de détails sur les politiques concernant les visas ou le statut de résidence pour les Britanniques, les Américains, etc.
La plupart des politiques d’immigration actuelles du parti visent la régularisation des personnes qui travaillent mais risquent de perdre leurs droits, afin de les aider à s’intégrer dans la société française.
