Les identifiants de comptes de réseaux sociaux, les numéros de téléphone et les adresses e-mail devront être déclarés lors de la demande
Les visiteurs se rendant aux États-Unis et utilisant le dispositif d’exemption de visa ‘Esta’ seront bientôt tenus de remettre des informations personnelles, y compris les profils de leurs comptes de réseaux sociaux et les adresses e-mail antérieures, à la suite d’une mise à jour du système jugée controversée.
Les citoyens de tous les pays éligibles à l’exemption ESTA seraient touchés, y compris les Français, les Britanniques, les Australiens et la plupart des pays européens.
Un élément auparavant optionnel de la demande, qui exigeait que les visiteurs fournissent l’activité sur les réseaux sociaux des cinq dernières années, sera rendu obligatoire, aux côtés d’une liste d’adresses e-mail utilisées au cours des dix dernières années et de numéros de téléphone des cinq dernières années.
L’administration du président Donald Trump a laissé entrevoir les changements en décembre 2025, et les nouvelles règles devaient entrer en vigueur le dimanche (8 février).
À ce mardi (10 février), elles n’étaient pas encore officiellement mises en œuvre, mais la modification devrait être adoptée officiellement dans les prochains jours.
Cependant, une hausse du tarif de l’Esta passant de 21 dollars à 40 dollars est entrée en vigueur dimanche.
Ces changements s’inscrivent dans le cadre de plans visant à traiter “les risques potentiels pour la sécurité nationale” inclus dans un décret présidentiel signé par le président Trump en janvier 2025.
Plusieurs associations ont exhorté les États‑Unis à abandonner ces modifications des règles, jugeant qu’elles pourraient avoir un impact sur l’industrie touristique du pays, mettre en danger les voyageurs prévoyant d’assister à la Coupe du Monde de football de la FIFA 2026 organisée en partie sur son sol, et entraîner une détérioration supplémentaire des relations avec les pays européens.
Temps de traitement des demandes accru, risque de rejet
Pour rappel, l’Esta est un dispositif d’exemption de visa pour les citoyens des pays éligibles se rendant aux États‑Unis à des fins touristiques, et fonctionne très similaire au « ETA » du Royaume-Uni ou au système « Etias » à venir de l’UE.
Les demandes se font en ligne ou via une application mobile avant le voyage.
Sous les nouvelles règles, les visiteurs devraient remettre les informations ci‑dessus lors du processus de demande numérique.
« En principe, tous les comptes de réseaux sociaux seront concernés », a déclaré le président de l’Office du tourisme américain en France Rémi Vénitien au Figaro.
Cela inclut Facebook, Instagram, X, TikTok et Snapchat, parmi d’autres.
L’inclusion des informations supplémentaires dans le processus de demande devrait ajouter environ 30 minutes au temps de traitement des demandes.
Cependant, retrouver des informations historiques pourrait prendre beaucoup plus de temps dans certains cas, par exemple lorsqu’il faut se souvenir d’anciens pseudos de comptes, de numéros de téléphone, d’adresses e-mail rarement utilisées, etc.
Cela pourrait affecter les voyageurs qui déposent une demande à court préavis pour un voyage urgent.
Il existe également un risque que l’activité associée aux informations remises soit signalée aux autorités américaines.
Le Département d’État a déjà demandé aux ambassades et consulats traitant les visas étudiants de vérifier les comptes sur les réseaux sociaux pour des « attitudes hostiles envers les citoyens américains, la culture, le gouvernement, les institutions ou les principes fondateurs ».
Un champ d’application similaire est probablement envisagé pour les demandes Esta.
« L’officier d’immigration (ou une IA) pourrait détecter des éléments suspects dans les informations fournies et demander des informations complémentaires au visiteur lors du contrôle des douanes afin de valider ou de refuser son entrée sur le territoire américain », a ajouté M. Vénitien.
Ces contrôles en personne n’auraient lieu qu’après le voyage vers les États‑Unis, ce qui pourrait potentiellement laisser certains voyageurs dans l’incertitude quant au statut de leur demande.
Dans le même temps, ne pas communiquer certaines informations comporte également des risques.
« Il est fortement recommandé de ne jamais induire en erreur les autorités américaines. Cela pourrait conduire à un refus d’entrée ou même à une interdiction d’entrer dans le pays à l’avenir », a déclaré M. Vénitien.
Effets potentiels sur le tourisme américain
Les estimations selon lesquelles le tourisme vers les États‑Unis a diminué de 6 % l’an dernier n’ont fait que renforcer les inquiétudes quant au fait que ces changements entraveraient encore davantage un secteur en difficulté.
Les changements « ne sont clairement pas destinés à encourager les demandes ESTA et pourraient » intimider les touristes français et européens, a déclaré Patrice Caradec, président de l’Association française des voyagistes.
« Tout ce qui complique l’obtention d’une autorisation de voyage ou d’un visa entrave automatiquement le développement du tourisme. Nous craignons la façon dont les consommateurs français réagiront à ces nouvelles exigences. »
Le Conseil mondial du voyage et du tourisme prévoit que les changements apportés à la demande Esta feraient diminuer de 4,7 millions le nombre de touristes voyageant vers les États‑Unis en 2026, soit une chute de 23 % pour les pays éligibles à l’Esta.
En conséquence, cela coûterait à l’économie américaine plus de 15 milliards de dollars par an.
