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Le décret vise à « préserver le patrimoine et le tourisme »
Une commune du sud-ouest de la France a pris la mesure inhabituelle d’interdire aux habitants vivant dans son centre de faire sécher leurs vêtements dehors afin de rendre la ville visuellement plus « esthétiquement agréable ».
Un arrêté municipal interdisant le fait de suspendre et de sécher les vêtements en public dans certaines rues de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne) est entré en vigueur en juin et constitue une mesure permanente.
Les habitants de la zone – approximativement le centre historique – se voient interdire de faire sécher des vêtements à l’extérieur sur les rebords de fenêtres, sur les balcons, ou « toute autre partie de la façade du bâtiment ».
Ces zones « présentent un caractère patrimonial, touristique ou commercial qui doit être préservé », indique l’arrêté.
Il met particulièrement en évidence « des signalements de la part de résidents locaux concernant du linge visible depuis les espaces publics, y compris des vêtements susceptibles de troubler la tranquillité publique ».
Ces articles « lorsqu’ils sont visibles depuis la rue, risquent de perturber l’harmonie des façades et l’image de la ville, ainsi que de créer une pollution visuelle », indique l’arrêté.
Impacts sur les habitants les plus modestes
Sans surprise, l’interdiction a suscité une vive opposition.
La zone couverte par l’arrêté « comprend la zone affichant les niveaux de pauvreté les plus élevés », a déclaré à France 3 le conseiller municipal d’opposition et avocat Thomas Bouyssonie.
« Il y a ici de nombreux appartements, certains insalubres, et souvent sans sèche-linge ou jardins où le linge peut être étendu pour sécher. »
« Pour interdire un comportement, il faut qu’il porte atteinte à l’ordre public… [mais l’arrêté constitue plutôt] une restriction assez sévère de la liberté. »
« Villeneuve n’est pas ensevelie sous le linge; cela ne m’a jamais semblé être un problème », ajouta-t-il, notant qu’il vit dans la zone touchée par l’arrêté.
Pas la première ville à adopter une interdiction
Les autorités locales soutiennent la décision, qui n’est pas la première du genre en France.
Robert Ménard, le maire d’extrême droite de Béziers, avait instauré une politique similaire en 2014, visant à préserver l’« attractivité économique et touristique » de la ville méditerranéenne.
« Je suis récemment retourné là-bas pour rendre visite à un ami… C’est agréable de voir ce sens de l’autorité et du bien-être », a déclaré l’adjoint au maire Jean-Eric Rosier à Sud-Ouest.
Mantes-la-Jolie, banlieue parisienne, a également interdit cette pratique dans certaines zones – ainsi que le battage des tapis sur les balcons après 10h – pour des raisons esthétiques, et dans les deux communes des amendes de 38 € sont possibles.
D’autres villes imposent des limites partielles, Paris y compris.
Un règlement de 1979 pour la capitale stipule que « les objets, les plantes et le linge placés sur les balcons et les fenêtres ne doivent pas créer des conditions insalubres ni présenter un danger ou une nuisance pour les passants et les occupants des bâtiments voisins. »
Cependant, ce règlement est moins restrictif que les autres mentionnés, car le linge suspendu n’est pas explicitement interdit à moins qu’il ne soit considéré comme perturbateur.
Le linge suspendu dehors reste moins courant en France que dans d’autres pays méditerranéens tels que le Portugal ou l’Italie, où le fait de faire sécher le linge à l’extérieur, souvent dans les quartiers centraux, fait partie de leur patrimoine esthétique.
Les habitants vivant dans des immeubles collectifs peuvent vouloir vérifier le règlement de leur immeuble, car il est rare mais possible que faire sécher le linge à l’extérieur soit interdit.
Les locataires peuvent également être limités quant à l’endroit où ils peuvent faire sécher leur linge dans le cadre des contrats de location.
L’interdiction controversée divise l’opinion en ligne
L’histoire a été reprise par plusieurs médias en France, et de nombreux habitants ont commenté l’interdiction – beaucoup en faveur.
« Je trouve cette décision raisonnable. Ce n’est ni attrayant ni hygiénique », a déclaré une personne de 68 ans au Le Dauphiné Libéré.
« Ce problème défigure de nombreuses façades de notre ville. Le même linge reste souvent suspendu pendant des jours, exposé aux intempéries », a déclaré une autre personne, et une troisième a ajouté « c’est une pratique dégoûtante ».
« Quelle image cela projette-t-il sur la ville et sur les voisins… Où est le respect et la courtoisie commune ? » a déclaré une quatrième personne.
Pourtant, d’autres ont souligné les avantages du séchage naturel par rapport à d’autres méthodes plus gourmandes en énergie.
« N’y a-t-il pas des enjeux plus importants en cette période de changement climatique ? » a demandé une personne de 74 ans du département Lot-et-Garonne.
« Je ne comprends pas une mesure qui décourage le séchage naturel, qui évite l’accumulation d’humidité dans une maison ou un appartement, au profit d’un sèche-linge énergivore », a déclaré une autre.
Qu’en pensez-vous du fait de faire sécher le linge sur les balcons ? Êtes-vous d’accord avec l’interdiction ou non ? Faites-nous part de vos réflexions via [email protected]
