Tapisserie de Bayeux au British Museum : dates, tarifs et faits surprenants

L’un des artefacts historiques les plus emblématiques de la France, la Tapisserie de Bayeux, sera exposée au British Museum à Londres à partir de la semaine prochaine.

Le président Emmanuel Macron, la ministre de la Culture Catherine Pégard et le roi Charles devraient assister à l’ouverture privée de l’exposition cet après-midi (2 septembre).

La tapisserie — qui est en réalité un linge brodé — a été prêtée au musée et sera visible du public pendant neuf mois (du 10 septembre 2026 au 11 juillet 2027), a annoncé M. Macron lors d’une visite d’État au Royaume‑Uni le 8 juillet 2025.

La proposition a été largement saluée, y compris par le maire de Bayeux qui a qualifié l’idée de « fantastique », et elle est perçue comme une étape supplémentaire pour améliorer les relations franco‑britanniques à l’issue du Brexit.

On estime que jusqu’à 80 000 personnes se sont inscrites en ligne sur la file d’attente du British Museum pour des billets en juillet 2026, la première série ayant rapidement été épuisée. Ils étaient proposés à 33 £ en période de pointe et 27 £ en période creuse pour les adultes. Il s’agissait de la plus grande journée de ventes de billets de l’histoire du musée.

D’autres billets seront mis en vente le 6 octobre pour les membres du musée, avec l’ouverture de la vente générale le 21 octobre. Les visiteurs potentiels sont encouragés à s’inscrire pour recevoir des notifications par courriel.

L’exposition offre également l’occasion de voir l’œuvre étalée à plat, plutôt que suspendue au mur.

Un déplacement délicat

M. Macron avait déjà proposé de prêter l’œuvre au Royaume‑Uni en 2018, en geste de bonne volonté post‑Brexit, lors d’un sommet franco-britannique. Cependant, la nécessité de réparations urgentes a retardé la mesure pendant des années.

Les plans ont finalement été finalisés pour que la tapisserie, qui raconte les exploits de Guillaume le Conquérant, y compris la bataille d’Hastings en 1066, soit exposée au Royaume‑Uni pendant une fermeture planifiée de deux ans du musée de la Tapisserie de Bayeux en Normandie en vue de travaux de rénovation.

Toutefois, des inquiétudes persistaient quant au fait qu’un déplacement aussi important pourrait endommager davantage la tapisserie, qui présente déjà des milliers de taches et des pièces manquantes, ainsi que 30 grandes déchirures le long de ses près de 70 mètres.

« La Tapisserie de Bayeux est déplacée pour de mauvaises raisons », a déclaré un historien au Monde.

« C’est un trésor national inestimable qui ne devrait pas être utilisé comme instrument de soft power », a-t-il ajouté.

Cependant, le British Museum a expliqué que plusieurs mesures avaient été prises pour protéger l’artefact lors de son déplacement — notamment deux voyages d’essai avec une copie de la tapisserie.

Début juillet, la véritable tapisserie est partie de France vers le Royaume‑Uni à l’intérieur d’une caisse spécialement conçue pour contrôler la température et l’humidité, et équipée d’amortisseurs. L’œuvre a traversé la Manche par l’Eurotunnel, arrivant au centre de Londres tard dans la nuit.

Un retour tant attendu

Ce déplacement marque la première fois que l’artefact voyage à l’étranger dans son histoire moderne — elle a été transférée à deux reprises à Paris, d’abord par Napoléon puis par les nazis — bien que beaucoup estiment que la tapisserie effectuera bientôt un voyage de retour.

Le consensus général parmi les historiens est désormais que la tapisserie, datant du XIe siècle, a été créée en Angleterre.

Plus précisément, elle aurait probablement été réalisée par des religieuses de Barking Abbey, à Canterbury, et commandée peu après la victoire de Guillaume contre les Anglo‑Saxons en tant que don au nouveau monarque.

Probablement commandée par l’évêque Odo de Bayeux (par hasard le demi‑frère de Guillaume le Conquérant) pour la consécration de la cathédrale de la ville en 1077, cette immense tapisserie est en réalité un nom trompeur.

Les tapisseries sont fabriquées sur des métiers à tisser, alors que l’artefact de Bayeux est techniquement une broderie faite à la main.

La reproduction sur dix ans est un effort en solitaire

Plusieurs répliques de la tapisserie ont été réalisées (dont une version victorienne par la société britannique « Leek Society » qui a censuré les parties génitales explicites de l’original).

La réplique la plus récente est un effort en solitaire. Mia Hansson, née en Suède, a commencé ce gigantesque projet par lassitude en juillet 2016.

« J’ai fait quelques calculs simples… Si je travaillais cinq heures par jour, je l’aurais terminé en 10 ans. Je me suis dit : ‘Parfait, 10 ans. Je n’aurai jamais à me demander ce que je ferai demain’ », a-t-elle déclaré à The Connexion dans une interview l’année dernière.

Maintenant presque au bout, « c’est devenu l’un de ces projets que je vais simplement devoir terminer, car si j’arrête maintenant, on me soupçonnera d’être la femme qui a échoué – et moi, je n’échoue pas », a-t-elle ajouté.

Vous pouvez lire l’intégralité de l’entretien avec Mme Hansson ici.

« Scène manquante » à produire

Une scène « manquante » de la tapisserie, censée montrer le couronnement de Guillaume le Conquérant en tant que roi d’Angleterre à l’abbaye de Westminster, doit être produite dans le cadre des célébrations du millénaire de sa naissance.

La pièce supposément manquante serait la scène finale de la tapisserie, qui se termine aujourd’hui de manière abrupte après la bataille d’Hastings en 1066. On ignore ce qui est arrivé à cette pièce manquante, mais si elle existait, elle aurait très probablement été détruite.

La section additionnelle ne sera pas physiquement ajoutée à la tapisserie existante mais la complétera, tout en témoignant de l’héritage durable de l’œuvre et de la manière dont l’interaction peut reconfigurer l’histoire.

L’artiste française Hélène Delprat a remporté un concours pour esquisser la scène, qui est recréée par un atelier familial à Aubusson (Creuse), et sera exposée au Château Guillaume-le-Conquérant à Falaise (Calvados).

Déplacements par Napoléon et les nazis

L’exposition de Londres n’est pas la première fois que la tapisserie a été déplacée pour des raisons d’influence politique.

La tapisserie a été déplacée à plusieurs reprises au sein de Bayeux et de la Normandie elle‑même, de son premier lieu de repos dans la cathédrale à son musée actuel dédié, mais elle a été envoyée à Paris à deux reprises.

Napoléon a tenté d’utiliser la tapisserie pour stimuler les Parisiens en vue d’une éventuelle invasion du Royaume‑Uni au début des années 1800.

Elle a été exposée au Louvre en 1804 (après avoir été déposée au musée des Beaux‑Arts de Caen en 1803) Napoléon souhaitant se présenter comme le prochain « Conquérant » des îles britanniques.

Aucune tentative de reproduire les exploits de Guillaume le Conquérant n’a été faite. Toutefois, Napoléon a renvoyé la tapisserie à Bayeux comme signe de gratitude envers les habitants qui l’avaient maintenue en bon état au fil des siècles.

Elle est restée en grande partie en place, se promenant entre les exposi­tions des musées de la ville, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Des responsables nazis de l’Ahnenerbe, une branche pseudo-scientifique de la SS visant à promouvoir les idées raciales d’Hitler, pensaient que la tapisserie revêtait une signification particulière.

La tapisserie présentait des « preuves » de culture germanique — pas loin de la vérité, puisque les ancêtres vikings des Normands provenaient effectivement de Scandinavie — et elle a été transportée pour des études supplémentaires par des responsables du groupe, d’abord vers une abbaye voisine, puis vers un château distant de 175 km.

Les Allemands ont également probablement vu le potentiel de propagande dans la tapisserie et ont peut‑être utilisé cet objet dans le cadre d’efforts pour mobiliser la France en vue d’une invasion potentielle du Royaume‑Uni pendant la guerre.

En juin 1944, elle a été transférée au sous-sol du Louvre, et après la libération de la capitale, est revenue en toute sécurité entre les mains des autorités françaises libres.

Elle a été le point central d’une exposition d’après‑guerre au Louvre, où elle disposait d’un choix d’emplacements pour l’exposition, alors que la plupart des œuvres d’art avaient été retirées pour protection pendant le conflit.

À son retour à Bayeux, la ville a reçu des fonds pour créer un musée dédié à l’artefact, qui attire aujourd’hui environ 400 000 touristes chaque année.


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