Les quatre départements bretons – Côtes-d’Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine et Morbihan – restent en status crise (crise), le niveau le plus sévère des quatre niveaux d’alerte sécheresse en France. Aucune autre région du pays n’est actuellement dans la même situation où tous les départements sont touchés.
Les rivières et les nappes phréatiques ont baissé à leurs niveaux les plus bas jamais enregistrés pour cette période de l’année, et les réservoirs diminuent semaine après semaine. Les autorités de l’eau indiquent que, à moins que les ménages et les entreprises ne réduisent davantage leur consommation, certaines zones pourraient se trouver privées d’eau potable dans les semaines à venir.
Les averses du début septembre, et les pluies récentes, n’ont guère aidé. Les prévisionnistes s’attendent à de nouvelles précipitations, mais elles seront trop irrégulières pour inverser la tendance, selon franceinfo.
Pourquoi la Bretagne est-elle si vulnérable ?
La géologie de la région est en grande partie la cause du problème. Environ 75 % de l’eau potable bretonne provient de sources de surface – rivières et réservoirs retenus par des barrages – avec seulement 25 % puisant dans les nappes phréatiques souterraines.
Dans la plupart des autres régions françaises, l’équilibre est inversé. Les réserves d’eau souterraine réagissent lentement aux périodes sèches, alors que les rivières et les lacs baissent rapidement lorsque la pluie cesse, laissant la Bretagne beaucoup plus exposée à une sécheresse prolongée.
Côtes-d’Armor : situation « critique »
Dans un communiqué publié le 16 octobre, la préfecture des Côtes-d’Armor a décrit la situation comme critique, indiquant qu’il devenait difficile de satisfaire la demande des habitants en eau potable.
Le département dépend de quatre barrages pour son approvisionnement. Sans pluies importantes, la préfecture estime que leurs réserves atteindront un seuil critique dans trois à neuf semaines – un niveau qu’il faut éviter, car il est essentiel au maintien du réseau.
Le barrage Kerné-Uhel à Trémargat, le troisième plus grand réservoir du département, qui dessert une zone allant de Callac à Loudéac, a chuté de 3,4 mètres, passant de 220,05 m à 216,63 m. Yann Cauet, directeur de l’autorité de l’eau potable des Côtes-d’Armor (Sdaep 22), a déclaré que c’était le niveau le plus bas mesuré depuis la construction du barrage.
Si aucune pluie ne tombe, le réservoir pourrait ne plus alimenter en eau potable dans environ 50 jours, même avec des liaisons vers des réseaux voisins.
Un comité se réunira désormais chaque semaine pour suivre les réserves et décider d’éventuelles mesures supplémentaires.
🔴 𝐑𝐄𝐒𝐒𝐎𝐔𝐑𝐂𝐄 𝐄𝐍 𝐄𝐀𝐔 – 𝐋𝐞𝐬 𝐂𝐨̂𝐭𝐞𝐬-𝐝’𝐀𝐫𝐦𝐨𝐫 𝐬𝐨𝐧𝐭 𝐭𝐨𝐮𝐣𝐨𝐮𝐫𝐬 𝐞𝐧 𝐜𝐫𝐢𝐬𝐞
💧 Depuis le 14 août 2026, le département des Côtes d’Armor est placé en situation de crise sécheresse, niveau le plus élevé des mesures de restriction. https://t.co/8hOo45nQTb
— Préfet des Côtes-d’Armor (@Prefet22) October 9, 2026
Morbihan : usines de traitement mises à l’arrêt
Dans le Morbihan, la rivière Scorff est presque à sec et le Blavet est également très bas.
L’usine de traitement d’eau Petit Paradis de Lorient, qui alimente normalement environ 95 000 personnes dans l’ouest de Lorient, à Larmor-Plage et parfois à Ploemeur, est à l’arrêt depuis le 22 juillet.
Une deuxième usine, à Leslé à Pont-Scorff, fonctionne à capacité réduite. Elle dessert Guidel, Quéven, Pont-Scorff, Cléguer, Gestel et Calan, et ne tient que grâce à l’eau apportée de l’extérieur de la zone et à la coopération entre les autorités locales, rapporte Ouest-France.
Le 13 octobre, Lorient Agglomération a averti que le débit du Scorff avait chuté en dessous du minimum légal nécessaire à la production d’eau potable. Pour maintenir l’ouverture de l’usine de Leslé, les habitants sont invités à économiser collectivement 1 000 m³ d’eau par jour.
L’autorité a déjà réduit la pression de l’eau dans 15 zones, dont Gestel, Guidel, Quéven, Cléguer et Pont-Scorff, tout en veillant à maintenir l’alimentation des foyers et suffisamment d’eau pour l’extinction des incendies. Si l’objectif d’économies n’est pas atteint, des coupures temporaires d’approvisionnement pourraient être nécessaires, et plusieurs scénarios sont à l’étude. Par ailleurs, l’usine Coët er Ver à Hennebont fonctionne à pleine capacité pour acheminer de l’eau supplémentaire vers les zones les plus touchées.
Plus à l’est, l’usine Ar C’Hastell à Sainte-Anne-d’Auray, qui dessert les 24 communes d’Auray Quiberon Terre Atlantique, a été mise en veille. Le barrage de Tréauray qui l’alimente ne fonctionne qu’à 20 % de sa capacité.
Françoise Jehanno, directrice générale des services d’Eau du Morbihan, qui couvre presque tout le département en dehors des zones de Lorient et Vannes, a déclaré que l’approvisionnement tenait pour le moment, mais que la situation restait fragile.
Ille-et-Vilaine : des réserves « jusqu’à Noël »
La préfecture d’Ille-et-Vilaine indique que le nord du département est dans un état particulièrement critique. Le producteur local d’eau, Eaux du Pays de Saint-Malo, a appelé chacun à faire sa part pour économiser l’eau.
Autour de Vitré, les trois barrages desservant la zone ont chuté à 37 % de leur capacité maximale, contre 70 % en août.
Teddy Régnier, président de l’Eau des Portes de Bretagne, a déclaré que s’il ne pleuvait pas du tout, ces réserves devraient durer jusqu’au 24 décembre. Il a décrit la zone comme étant en état de crise.
La préfecture a renouvelé son appel à la retenue à la veille de l’ouverture du village de la Route du Rhum à Saint-Malo, en insistant sur le fait que chaque litre économisé maintenant aidera à protéger l’approvisionnement au cours des semaines et mois qui viennent.
#Sécheresse | Malgré le retour des pluies ces derniers jours, la situation de la ressource en eau reste particulièrement tendue en Ille-et-Vilaine.
Le département reste placé en situation de crise sécheresse. Des restrictions de l’usage de l’eau sont donc en vigueur afin de préserver les ressources disponibles et de garantir en priorité les besoins essentiels, notamment ceux des populations, des services de santé et de secours, ainsi que l’abreuvement des animaux.
Pour accompagner ces mesures, chacun peut contribuer à préserver la ressource en adoptant des gestes simples au quotidien :
– Installer des économiseurs d’eau
– Privilégier les douches courtes
– Couper l’eau pendant les brossages de dents et savonnages des mains
– Utiliser les lave-linge et lave-vaisselle en mode éco, et seulement lorsqu’ils sont pleins
Ensemble, protégeons la ressource en eau !
— Préfète de Bretagne et d’Ille-et-Vilaine (@bretagnegouv) October 15, 2026
Finistère : réserves d’urgence puisées
Dans le Finistère, le réservoir Saint-Michel (également connu sous le nom de Lac de Brennilis) est tombé à seulement 12 % de sa capacité, obligeant le département à prendre des mesures d’urgence.
Depuis le 12 octobre, l’exploitant du réservoir a ouvert la vanne basse du barrage, puisant l’eau au fond même du lac. Cette réserve de secours est normalement laissée intacte, mais est désormais utilisée pour maintenir le fleuve Aulne en flow afin que l’eau potable puisse continuer à être fournie.
Jean-Marc Goarnisson, directeur du service d’alimentation en eau et d’assainissement du département, a averti que sans cette intervention le réservoir serait vide d’ici novembre.
Si des pluies ne tombent pas avant la fin octobre, les autorités pourraient déclencher le plan Orsec en novembre. Orsec est le cadre de réponse d’urgence en France, dans lequel le préfet assure la coordination de la réponse à une crise majeure.
#Sécheresse | Chaque goutte d’eau compte dans le Finistère
💧 Malgré les précipitations des dernières semaines, la situation reste critique dans le Finistère. Depuis le 7 août, l’ensemble du département est placé en situation de « crise sécheresse ». Seules des pluies durables, significatives et généralisées pourront permettre d’inverser la tendance.
Les mesures prises pour préserver la ressource se poursuivent : restrictions pour les industries, adaptation des interconnexions, remise en service d’anciens captages et soutien d’étiage. Mais ces dispositifs ne peuvent pas compenser le manque de pluie.
L’effort doit être collectif. Particuliers, collectivités, entreprises et exploitations agricoles doivent réduire leurs consommations, respecter les restrictions en vigueur et limiter les usages non indispensables. L’alimentation en eau potable doit rester la priorité.
Pour rappel, le préfet a également mis fin aux assouplissements accordés aux stations de lavage : l’ouverture d’une seule piste haute pression par station n’est plus autorisée.
Si la situation s’aggrave, certains secteurs pourraient connaître des ruptures d’approvisionnement en eau potable, nécessitant la mise en place de solutions de distribution d’urgence.
Chaque litre économisé compte. Préservons ensemble la ressource en eau.
👉 Retrouvez les restrictions applicables à chaque usage sur le site des services de l’État dans le Finistère : https://t.co/62G44Seg4T et sur le site national VigiEau.
— Préfet du Finistère (@Prefet29) October 19, 2026
Quelles restrictions sont en vigueur ?
Les préfectures de Bretagne maintiennent en place les restrictions instaurées durant l’été, qui varient légèrement d’un département à l’autre. Elles prévoient des limitations sur l’arrosage des jardins, des interdictions de lavage des voitures à domicile et des restrictions sur l’irrigation agricole et sur l’utilisation de l’eau par les entreprises.
Dans les Côtes-d’Armor, il est actuellement interdit de :
La préfecture a également indiqué que les exemptions actuellement accordées aux stations de lavage professionnelles et aux entreprises de nettoyage de façades pourraient être retirées.
Les habitants sont encouragés à aller plus loin dans leurs gestes quotidiens, par exemple en :
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priviligeant les douches courtes et à faible débit
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n’utilisant la machine à laver que lorsqu’elle est pleine
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réutilisant l’eau de lavage des fruits et légumes pour arroser les plantes
Les habitants de Bretagne devraient vérifier les dernières règles auprès de leur préfecture ou de leur mairie, car les mesures peuvent changer à tout moment. Le non-respect des restrictions sécheresse peut entraîner une amende.
« Tout le monde devra être plus économe »
Même lorsque la pluie reviendra, le problème ne sera pas résolu du jour au lendemain. Thierry Burlot, président du comité de bassin Loire-Bretagne, a averti qu’il faudrait beaucoup de pluie avant que le sol soit suffisamment humide pour permettre à l’eau de s’infiltrer et de reconstituer les rivières et les nappes phréatiques.
Il a indiqué que la consommation sur les réseaux d’eau publics avait augmenté de plus de 5 % en raison des vagues de chaleur de cette année, et que chacun devra utiliser l’eau avec plus de précaution.
